Librairie Papyrus

"A travers les feuilles d'un bon livre, on pourra entendre un écho qui ressemble au bruit des forêts." Henry David Thoreau

quiapeurdesfemmesphotographesAvec ce titre qui fait référence à la célèbre pièce de théâtre de Edward Albee, Qui a peur de Virginia Woolf ?, ce bel oubrage a le mérite de surprendre et d’attirer l’attention sur le rôle des femmes dans la création artistique. Catalogue complet faisant écho à l’exposition en cours au Musée d’Orsay, ces quelques 300 pages invitent au voyage à travers l’histoire de la photographie et proposent une réflexion sur la question du genre, en mettant à l’honneur les multiples réussites photographiques féminines, de Julia Margaret Cameron (grand-tante de… Virginia Woolf !) à Berenice Abbott, sans oublier Madame Yevonde et ses portraits glamour. Une histoire de la modernité et du féminisme qui a pour ambition de montrer comment les femmes s’emparèrent du médium photographique pour enfin s’affirmer artistiquement et professionnellement,  et bousculer les territoires bien gardés des hommes ! A offrir aux amateurs de l’art photographique, mais aussi à ceux qui aiment l’histoire en mouvement et surtout, à vos amies artistes et photographes !

Catherine D. 

Octobre 2015

avantlavantgardeConsidérée par les nombreux amateurs qui la pratiquent comme une activité récréative, la photographie des années 1880-1900 n’a cessé d’être explorée à ses débuts pour ses capacités multiples : surimpression, mise en scènes, trompe l’œil, ombres chinoises… Ces opérateurs du dimanche se sont amusés à jouer de l’effet de réalité de la photographie et ainsi prendre le spectateur au dépourvu, avec des images tour à tour hilarantes ou inquiétantes (femme-papillon ou fantômes et revenants). Les artistes ne s’y sont pas trompés (Man Ray, André Kertész, Claude Cahun, Bérénice Abbott) et l’ont transformée en acte créatif après que le cinéma, la presse et le monde forain se sont emparés de ce médium novateur dès le début du XXe siècle et qu’ils aient participé à la popularité du jeu photographique. Clément Chéroux, directeur du Cabinet de la photographie du Centre Pompidou, retrace pour notre plus grand bonheur ce pan méconnu de l’histoire de la photographie, accompagné d’une iconographie riche de plus de 300 images. Ou comment la photographie est passée de la récréation à la création en un demi-siècle, tout en démontrant que les artistes n’ont pas attendu l’ère des réseaux sociaux pour se prendre au jeu du selfie ! Un ouvrage étonnant et passionnant, doté d’une jolie couverture à la typographie résolument moderniste !

Catherine D. 

Octobre 2015

50festins-50decorsPour s’amuser entre amis cinéphiles, voici deux petits livres qui remettent les devinettes sur le devant de la scène, grâce à des illustrations soit de repas soit de décors de films. Une seule image donc pour trouver le titre du film auquel le plat de pâtes bolognaise fait référence (La Belle et le Clochard) ou un décor tel le bel hôtel tout en nuances de rose/lila du Grand Budapest Hotel. Un jeu tout en finesse pour tester ses connaissances cinématographiques !

Catherine D. 

Août 2015

 

 

quelestcefilmUne chouette idée de cadeau de Noël pour les amoureux du 7e art et des rébus !! De savoureux dessins, six par film, pour (re-)mettre en scène 100 films célèbres et moins célèbres, du vieux film noir au blockbuster, en passant par une kyrielle de vieux films des années 70. Paul Rogers, designer, a étudié de près l’architecture et la signalétique présente dans sa sélection de films préférés pour en dégager six éléments suffisamment évidents pour nous faire deviner de quel film il s’agit… A vous de jouer !!

Catherine D.

Octobre 2015

tout calle okSophie Calle est une artiste conceptuelle française, écrivaine, photographe et cinéaste, qui n’hésite pas à mettre en scène des éléments de sa propre vie pour en faire des oeuvres artistiques. Tout réunit, en 54 images, 54 projets réalisés à ce jour par l’artiste. Un jeu de cartes pour retrouver l’univers singulier et parfois très intime de Sophie Calle, dans une jolie boîte dorée.  Une image pour résumer un projet, qui donnera sans aucun doute envie d’en découvrir davantage ou, pour les fans de la première heure, de sourire à l’évocation du souvenir artistique, qu'il s'agisse d’organiser sa propre filature, de devenir femme de chambre pour immortaliser le spectacle d'une chambre d'hôtel dont les occupants sont absents ou de demander à 107 femmes d'interpréter la lettre de rupture envoyée de son ex. Original et légèrement subversif !!

Catherine D. 

Novembre 2015

les yeux fardes"La petite histoire des personnages de ce livre passe par la grande histoire des faits qui ont ébranlé les fondations de la société catalane et même au-delà".

Ils sont quatre enfants, ballottés par la vie, deux garçons, Germinal et David et deux filles, Mireia et Joana. C'est Germinal, alors âgé de 80 ans passé, qui nous conte ce récit. Dans la Barceloneta des années 20, la "bande des quatre", amis inséparables, jouit d'un bonheur sans nuages. Issus de milieux modestes, ils grandissent dans un monde coloré, solidaire. Leurs jeux et leurs secrets se partagent à l'ombre de la "Sarita", une felouque, le plus beau des gréements de la plage. Les hommes, pour la plupart, travaillent au port. Les femmes arrondissent les fins de mois de la famille avec divers travaux, couture, vente de poissons, et même pour les plus téméraires, livraison de marchandises en contrebande. C'est à cette époque que les garçons fréquentent "L'Ecole de la mer", une école progressiste dont la devise est "apprendre à penser, à ressentir, à aimer", un lieu qui façonnera leur esprit à tout jamais. A l'adolescence, à l'époque où l'enfant se mue en homme, ils reçoivent une autre éducation au café "La Dorita" avec les "doritas". C'est aussi le temps où Germinal découvre son homosexualité et son amour pour David, "l'Ami Aimé". Pour parfaire leur instruction, ou lorsqu'une question difficile se présente,  les quatre se rendent au "Crépuscule du capitalisme", une librairie résistante, tenue par un vieux sage, Ramon Romanguer.

Mais dès les années 30, l'histoire, la grande, celle qui va détruire ce monde chatoyant, cette harmonie, gronde en Espagne et en Europe. En 1933, la droite espagnole renverse la République. En 1936, les républicains gagnent les élections, mais c'est sans compter sur la montée des idées fascistes. La même année, le Coup d'Etat mène au pouvoir les généraux, dont Franco, avec l'appui de l'église catholique. Ainsi débute la guerre civile. Josep, le père de Germinal, homme progressiste, féministe, poète à ses heures, est un syndicaliste actif du mouvement ouvrier anarchiste. Comme ses frères de combat, sa lutte pour la liberté et la révolution est l'engagement de toute une vie. La misère à laquelle sont réduites les familles, la lutte révolutionnaire de leurs parents ouvriers et les répressions brutales signent, pour la petite bande, la fin de l'innocence. Les événements de la deuxième guerre mondiale s'enchaînent inexorablement, Hitler envahit la Pologne..." c'est "l'échec de cette Europe "démocratique" qui, à peine quelques mois plus tôt, nous avait laissé crever à petit feu sous la botte qui se levait pour l'écraser à son tour..."

Lluis Llach est un chanteur catalan qui a mené sa lutte politique à travers la chanson. Exilé à Paris, sous Franco, il revient à Barcelone à la mort de ce dernier. Il est l'auteur de 'L'Estaca", l'hymne de toutes les revendications catalanes durant la dictature.

Il signe avec Les yeux fardés un magnifique roman qui allie poésie, tendresse envers ses personnages et hommage à l'esprit de résistance, écrit dans une très belle écriture.

Véronique B.

Octobre 2015

quijesuis ramplingVoici un livre d'une totale délicatesse , fruit de nombreuses rencontres et de la connivence entre l'écrivain Christophe Bataille et la cultissime Charlotte Rampling. Pas d'égocentrisme de vedette mais une réflexion presque poétique sur ce qui l'a façonnée : l'amour de sa sœur unique, compagne et presque jumelle, seul pilier d'une enfance chahutée par de  nombreux déménagements et la perte terrible lorsque cette tant aimée se suicide à 23 ans, à l'autre bout du monde.
Par la grâce des mots de Christophe Bataille se dessine le portrait de Charlotte, forte et fragile, d'une tolérance et d'une douceur peu communes. Ses yeux, magnifiques, ont une âme... très belle, elle aussi.

Véronique G. 

Septembre 2015

lanuitoudiana minaChacun, surtout en Grande-Bretagne, se souvient de l'endroit où il était, de ce qu'il faisait quand la nouvelle de la mort de la Princesse Diana est tombée. Pas de chance pour ceux qui espèrent que le temps a tout effacé... Il ne faut pas passer à côté des livres de Denise Mina, de son portrait de Glasgow et de son inspectrice Alex Morrow, sorte de David contre Goliath, alias la corruption de sa ville. Forte contre les pressions professionnelles, des avocats ou de ses collègues, mais aussi familiales parce que son demi-frère est un grand voyou de la pègre, elle avance, encore et toujours, discrète, intelligente, lucide mais aussi terriblement humaine.

Véronique G. 

Novembre 2015

ledoute tremayneQuatorze mois avant le début du récit, Angus et Sarah ont eu le malheur de perdre Lydia, 6 ans, l'une de leurs jumelles, dans un accident.
Ils veulent prendre un nouveau départ et l'héritage de la grand mère d'Angus tombe à pic : une minuscule île des Hébrides, en Écosse, avec une maison où tout est à refaire. Nouvel environnement, nouvelles relations, le projet s'engage avec une ombre gigantesque au tableau : Kristie, la jumelle survivante, prétend avec insistance être Lydia, sa sœur morte dont elle ne peut pas être distinguée, copie parfaite. Pourquoi l'a-t-elle caché jusque-là si c'est vrai, pour lequel de ses proches se serait-elle tue ?
Un très bons suspense, efficace et bien mené.

Véronique G. 

Septembre 2015

lavoiedesmortsSully Carter, journaliste au passé de reporter de guerre, est un excellent professionnel. Sa ville de Washington frémit sous le choc du meurtre d'une adolescente blanche, fille d'un juge puissant promis aux plus hautes fonctions. Les médias s'emballent en traçant à très grandes lignes les ingrédients du drame : quartier noir pauvre comme lieu du crime, trois jeunes blacks comme suspects, bref, apparences et préjugés pour faire monter les audiences et les ventes. Seul Carter, malgré ses whiskys du matin, prend le temps de chercher plus loin, très loin, ravagé lui-même par les atrocités du passé et sa proximité des racines du mal... Puissant !

Véronique G.

Novembre 2015

les autres visages russieQuand on parle de la Russie contemporaine, l'image de Vladimir Poutine s'impose à bon nombres d'entre nous, pourtant la Russie ne se résume pas à cet homme. Les autres visages de la Russie est un ouvrage collectif et collaboratif, réalisé par plusieurs ONG, soutenu par Médiapart, et proposant une galerie de portraits qui nous montre qu'en Russie des artistes, des journalistes, des citoyens se mobilisent, réfléchissent, agissent pour dénoncer les injustices du pouvoir, questionner l’État, tenter de changer les choses.

Une lecture enrichissante, vivifiante, un rien effrayante aussi parfois, tant la liberté d'expression semble muselée dans ce pays. Un prix abordable (10€) pour découvrir des nouveaux visages de la Russie.

Catherine M

Avril 2015

les enfants des joursDans Les enfants des jours, Eduardo Galeano propose un calendrier annuel en revenant pour chaque jour de l'année sur un évènement de l'histoire mondiale qui s'est déroulé ce jour-là. On apprend ainsi que le 3 janvier 47, la bibliothèque d'Alexandrie brûlait mais qu'au Xe siècle, le Grand Vizir de Perse transportait une bibliothèque ambulante à dos de chameaux. Les quelques quatre cents chameaux étaient utilisés comme catalogue répartis en 32 groupes correspondant au 32 lettres de l'alphabet perse. Le 18 septembre, en 2008, la bourse d'Amérique s'effondra. Le 14 novembre 1889, Nelie Bly (que vous pouvez découvrir à travers l'excellent livre chroniqué ici) commença son tour du monde qu'elle accomplit en 72 jours.

Vous l'aurez compris, ce livre nous amène à voyager à travers l'histoire et le monde en 365 chapitres. Galeano est parfois poète, la lecture est donc fluide et agréable . Évidemment, on n'approfondit pas un évènement puisque chaque jour occupe une page de livre, pas plus, mais cela donne des idées pour explorer les recoins de l'histoire. Une petite pépite qui sort de l'ordinaire. A offrir sans hésiter.

Catherine M

Octobre 2015

cholletmonachezsoiMerci, Mona Chollet... A la seule lecture de la table des matières, je jubilais déjà tant la tonalité, le choix des sujets, la grille de lecture me parlent! Mona Chollet, par ailleurs journaliste au Monde diplomatique, nous régale avec ce livre intelligent et rigoureux mais aussi très fluide dans son écriture et souvent drôle.

Comment le fonctionnement de notre société affecte-t-il et structure-t-il notre façon d'habiter? Comment habiter pleinement son lieu? Comment la présence d'Internet au sein de la maison ou de l'appartement impacte-t-elle notre façon d'y vivre? Et le temps, ce nerf de la guerre, comment se le réapproprier? Quid aujourd'hui des "vieux" modèles où fée du logis se décline au féminin?

Ce livre est une délectation: loin des recettes sur comment la magie du rangement va changer votre vie Madame et autres phénomènes marketing, il nous invite à réfléchir, à éveiller toute notre intelligence, notre créativité, notre liberté. Il se lit aisément, avec un vrai plaisir et de temps en temps un bon rire franc!

A mettre entre toutes les mains.

Natacha

Avril 2015

 

decroissanceLes mots sont importants: tous ceux qui formulent une critique sociétale en sont conscients. Pour faire évoluer une culture, il est indispensable d'inventer le vocabulaire qui accompagne le changement, et qui par conséquent permet de modifier son regard. Ce livre-dictionnaire, qu'on peut lire en choisissant sa porte d'entrée, rassemble ainsi les définitions de toute une série de termes associés de près ou de loin à la décroissance: autrement dit, à la remise en question radicale du dogme de la croissance économique.

Chaque petit chapitre s'attache donc à la définition d'un mot. Certains développent un concept ou un courant de pensée: Partage du travail. Anti-utilitarisme. Critique du développement. D'autres racontent des initiatives concrètes: Monnaies communautaires. Jardinage urbain. Eco-communautés. Etc. 

Les contributeurs sont nombreux et, selon les cas, le discours est tantôt pointu, tantôt pragmatique, parfois les deux. Dans tous les cas, les articles sont courts et brossent un panorama éclairant, inspirant, souvent militant. Ce livre se déguste avec intérêt et plaisir quand on a envie d'approfondir sans lourdeur une certaine envie d'un autre monde possible. Il outillera aussi ceux qui sont convaincus de la nécessité d'une alternative, mais se sentent parfois à court d'arguments!

Natacha

Novembre 2015

 

lirevivrereverEn 2014, paraissait "La librairie de la pomme verte et autres lieux merveilleux", ouvrage qui donnait la parole à 30 grands écrivains américains à propos de leurs librairies préférées. Ici, Alexandre Fillon, journaliste littéraire, contacte des écrivains français et leur demande de nous raconter les livres et les librairies qui ont changé leur vie. Vingt et un écrivains acceptent de témoigner, avec leurs plumes propres et leurs souvenirs. Autant de récits narrés avec passion et humour qui vous feront peut-être penser à vos propres expériences livresques et vous feront aimer (un peu, beaucoup, passionnément) les livres et les librairies.

Comme dans tout ouvrage collectif, les témoignages partent dans toutes les directions et abordent la question avec des tons bien différents. On voyage de Paris aux quatre coins de France. L'ensemble est hétéroclite mais c'est ce qui fait aussi sans doute le charme de ce livre, comme celui d'une bouquinerie. On y retrouve entre autres, Olivier Adam, Jean-Philippe Blondel, Arnaud Cathrine, Anne-Marie Garat, François Rivière, et bien d'autres, ainsi qu'un David Foenkinos très en verve qui nous dit :"Ce livre sur les libraires qu'on aime ne doit pas être l'éloge nostalgique d'un monde perdu. Allez faire un tour dans la librairie la plus proche de chez vous! Comme ça, tout de suite, histoire de voir que ça existe bien réellement. Et tâtez votre libraire. Physiquement. C'est toujours ça de gagné face au virtuel. »

En tant que libraires, on salue évidemment l'initiative des Arènes et en tant que lectrices passionnées, on confirme le propos : lire c'est vivre, c'est rêver. 

Delphine

Septembre 2015

pauldanslenordAprès la sortie récente du long-métrage inspiré de l'album "Paul à Québec", voici le huitième opus des aventures absolument savoureuses de Paul, ce jeune Québécois "so cute" qui fait chavirer le coeur de tous les amateurs de bons romans graphiques et du pays des caribous : le Québec. Comme dans ses albums précédents, Paul se livre à nous en toute simplicité, dans une ambiance québécoise franchement typique. Après nous avoir raconté Paul jeune adulte dans ses albums précédents, Rabagliati remonte dans le temps dans cet épisode, et nous fait retrouver Paul adolescent, en 1976. Il a 16 ans, n'est pas très bien dans sa peau, vient de changer de quartier et d'école, se fait de nouveaux copains, et passe pas mal de temps dans la maison de vacances de ses parents dans les Laurentides, au Nord de Montréal, au milieu des grands espaces. Cet album est celui des premières fois pour Paul : première cuite, première mobylette, premier joint, premier amour et premier chagrin. Bref, on retrouve en Paul tout ce qu'on a pu vivre en tant qu'adolescent, avec ses côtés exaspérants et ses côtés touchants, ce qui nous le rend une fois de plus très attachant. Traité en bichromie, avec ce trait expressif qui lui est propre, cet album est toujours aussi juste et sent bon la nostalgie et le sirop d'érable. Délicieux ! 

Delphine

Novembre 2015

mamika thebestPetit bijou d'humour décalé, Mamika the best compile les meilleures photos de Sacha Goldberger consacrées à son exceptionnelle grand-mère, Frederika, 96 ans. Le travail de Goldberger, ce photographe français dont la famille est originaire d'Europe centrale, est déjà reconnu dans le monde entier. Fleuve noir en a tiré une édition best of au format beau-livre qui vous époustouflera par la beauté de ses photos et le côté ultra délirant de ses mises en scène. On y sent aussi toute la tendresse entre un petit-fils photographe et une grande mère au caractère bien trempé... Car il ne faut pas avoir froid aux yeux pour se déguiser à plus de 90 ans en lapin blanc, en sapin de Noël ou en super héroïne en bas collants, et ce, avec sens de l'autodérision qui en est presque touchant. Images étonnantes, servies par les dialogues burlesques entre le petit-fils et sa grand-mère. C'est loufoque et poétique à la fois, vraiment unique. Et c'est le meilleur moyen qu'a trouvé Goldberger pour rendre sa mamie éternelle et lui rendre hommage. Mamika est un remède au vieillissement, une force de la nature qui rend cet âge joyeux et fait un pied de nez à la mort à travers des prises de vue plus délirantes les unes que les autres. Coup de coeur !

mamika photo

Delphine

Novembre 2015

bly10joursasileNelly Bly était journaliste à la fin du XIXème siècle. Les éditions du Sous-Sol publient un recueil qui reprend trois de ses passionnantes enquêtes et sera suivi de deux autres livres.

Dans ce titre où les trois sujets résonnent de façon très actuelle, l'enquête principale a conduit la journaliste à se faire passer pour folle pour être internée dans un asile de femmes passablement lugubre et isolé sur une île. Elle s'aperçoit vite qu'avec elle, d'autres femmes tout aussi saines d'esprit ont été embarquées là pour des raisons plus sociales que réellement médicales. Mais une fois étiquetée "cas psychiatrique", difficile de convaincre les médecins de l'erreur. La brutalité du personnel et l'indifférence des médecins le disputent à la dureté des repas et des conditions de vie.

Le processus journalistique (il rappelle Florence Aubenas, en particulier dans la deuxième enquête) et le ton du récit font de ce document une perle agréable à lire et prêtant à réflexion.

Natacha

 

Octobre 2015

les vies multiples" Le temps est un cheval de course qui avale les kilomètres en galopant vers la ligne d'arrivée " : telle est la vie d'Amory Clay. Femme amoureuse, aventurière, passionnée, qui capte le 20ème siècle à travers son viseur.

"J'aime photographier les gens en pleine action...cette capacité de l'appareil à saisir à l'improviste de l'animé en suspens...seule la photographie peut réussir ce tour de magie". Tout au long de sa carrière, elle reste la plus fidèle possible à "un art de la photographie sans tabou".

Son parcours professionnel est atypique et l'amène à faire de nombreux aller-retour entre Londres et New York, en passant par Berlin, Paris, et enfin le Vietnam. Initiée très jeune par son oncle Greville, elle débute comme photographe, en 1927, pour "Beau monde", un magazine mondain pour lequel elle tire les portraits de la bourgeoisie londonienne. Très vite lassée de cet univers étriqué et capricieux, elle part à Berlin et revient à la capitale avec suffisamment de photos pour mettre sur pied sa première exposition "Berlin bei Nacht", qui scandalise Londres mais lui donne un nom. Sur les conseils de son ami et protecteur, Cleve Finzi, elle travaille de nombreuses années d'abord à New York, puis à Londres pour le magazine américain "Global-Photo-Watch" ou "le monde dans notre viseur".

Elle devient correspondante de guerre, photojournaliste, pendant la deuxième guerre mondiale et plus tard, au Vietnam, en 1967. Elle ressent le besoin d'être confrontée à la guerre, qui l'a déjà meurtrie à sa façon, à travers son frère Xan, son père et son mari Sholto. Le premier décédé, les deux autres, revenus du front, marqués à tout jamais.

Les vies multiples d'Amory Clay sont aussi le récit de sa vie intime : un mariage, deux filles, des amants car "les désirs du cœur sont aussi tordus qu'un tire-bouchon".

Grâce aux clichés photographiques qui enrichissent le récit, William Boyd rend ce beau portrait de femme encore plus tangible.

Et nous de rêver devant les "pouvoirs" d'un "Ensignette, d'un Zeiss Contax, Rolleiflex, Leica, ou d'un Voigtlander".

Véronique B

Octobre 2015 - existe aussi en format numérique.

hiverPar petites touches impressionnistes, Christopher Nicholson fait revivre l'écrivain et poète britannique Thomas Hardy, décédé en 1928, auteur de célèbres romans de la fin du 19ème siècle tels "Tess d'Uberville" ou "Jude l'obscur".

Thomas Hardy a 84 ans "d'assez petite taille, le visage couvert de rides, les yeux bleu clair et larmoyants, en amande... un nez proéminent et une fine moustache blanche...", il  vit relativement reclus dans sa maison du Dorset. Entouré de sa secrétaire et épouse en seconde noce, Florence, 45 ans, "visage arrondi, une chevelure châtain foncé relevée en chignon, et des yeux aux lourdes paupières qui donnent une forte impression de mélancolie", et de son vieux chien, Wessex.

Le roman donne successivement la voix à Thomas, écrivain en fin de vie, méditant sur le temps qui passe, à Florence, épouse dévouée, de santé fragile et à Gertrude, jeune comédienne dont l'écrivain tombe secrètement amoureux, "entre eux s'étend l'espace de soixante longues années : est-il né trop tôt ou elle trop tard ?"

Le couple Hardy s'étiole lentement par la différence d'âge, par l'absence d'un enfant et par le manque d'affinités qui s'affirme avec le temps. Pourtant il subsiste entre eux un ultime sursaut d'amour ou le souvenir d'un amour partagé, "depuis le début de leur mariage, elle lui fait la lecture le soir...cette habitude fait partie de la routine de leur vie conjugale...". Ils rivalisent d'attention envers leur vieux terrier, Wessex, substitut de l'enfant non avenu.

Quand la jolie comédienne, Gertrude, dont s'entiche Thomas, monte sur les planches pour interpréter "Tess", Florence, hypocondriaque et acariâtre, est terriblement blessée, "la longueur des silences, le passage inexorable des années, le sentiment d'être sèche comme une vieille calebasse, aussi sombre qu'une ombre...la sensation de n'être pas vivante du tout...".Gertrude, belle et jeune maman, devient, pour elle, l'objet d'une obsession angoissée.

Un roman au charme anglais, un rien désuet avec de magnifiques descriptions d'une nature qui est intrinsèque à l'oeuvre de Thomas Hardy.

C'est l'hiver en Angleterre et c'est aussi l'hiver dans les cœurs.

 Véronique B

Octobre 2015 - existe également en format numérique.

une vie entiereAndreas Egger, né à l'aube du 20ème siècle, en Autriche, a survécu à son enfance, à une avalanche et à la guerre. Doté d'un pouvoir de résilience peu commun car "un homme, selon lui, doit élever son regard pour voir plus loin que son petit bout de terre, le plus loin possible", il est le témoin dubitatif d'une époque en pleine mutation.

Après le décès de sa mère, il est envoyé dans un village où il est le bâtard qu'un fermier rudoie, ce qui lui vaut une jambe boiteuse. Il travaille dur, s'offre un petit lopin de terre et épouse Marie, "cheveux courts, d'un blond de lin", serveuse à l'auberge. Il intègre l'équipe du chantier de la construction du téléphérique, "avec lequel les montagnes semblent avoir perdu un peu de leur toute-puissance éternelle". Et le village assoupi est dès lors illuminé grâce à l'électricité. Le téléphérique développe un tourisme pour lequel, plus tard, il se fait le guide, "Les gens viennent chercher dans les montagnes quelque chose qu'ils croient avoir perdu...quelque insatiable nostalgie".

En 1942, Egger est envoyé en renfort sur le front russe, endure le froid de l'hiver caucasien, est fait prisonnier dans un camp, "où la mort fait partie de la vie comme les moisissures font partie du pain". De retour au village, "à la place des croix gammées, les géraniums ornent de nouveau les fenêtres des maisons". L'avènement de la télévision, "un appareil grand comme un buffet", d'où sortent, "des voix un peu nasillardes", remplace l'habituelle rumeur de la taverne.

C'est toute une vie qui défile sous nos yeux, celle d'un homme humble et intègre, avec ses joies et ses épreuves, un homme amoureux d'une nature qui est le deuxième personnage du récit.

Robert Seethaler écrit un roman nostalgique, doux et triste, dans un très belle langue épurée et poétique.
 
Véronique B
 
Octobre 2015 - traduit de l'allemand (Autriche) par Elisabeth Landes

lesequinoxes pedrosaAprès le très remarqué album Portugal, Cyril Pedrosa nous revient avec un magnifique roman graphique, à l'émotion palpable : Les équinoxes.

S'y croisent des personnages de différents horizons, Louis, Vincent, Camille, autant de destins solitaires en quête d'un sens à donner à leur vie. Louis s'est toujours battu pour des causes qu'il estimait justes, mais décide que le temps est venu de se poser. Vincent, orthondiste, cherche un second souffle après son divorce et renoue contact avec son frère. Camille, jeune femme employée comme ouvrière dans une usine, rompt avec sa vie terne et plaque tout pour photographier le monde qui l'entoure. Un roman graphique polyphonique empreint de nostalgie sur le thème de la solitude, du temps qui passe, du retour à l'essentiel. 

Cyril Pedrosa parvient dans ce récit en quatre temps, en quatre saisons aux ambiances bien marquées, à tisser des liens entre ces solitudes égarées avec un talent indéniable et des dessins d'une rare beauté. Lumineux !

Delphine

Octobre 2015

professiondupere chalandonOn ne sort pas indemne de ce roman, bouleversant, cruel et tendre à la fois.

Sorj Chalandon y raconte son enfance auprès d’un père violent et mythomane, et d’une mère effacée. Mais l’intention de Chalandon n’est pas d’apitoyer le lecteur sur son sort d’enfant battu, et le ton n’est pas larmoyant. Loin de là. Suite au décès récent de son papa, il a en effet décidé de raconter ses blessures d’enfance, afin de mieux les cicatriser.

Il raconte les délires et la violence de son père, dont il ne connaîtra jamais la profession, mais qui était à ses yeux un incroyable agent secret, ce père qui l’entraînera toute sa jeunesse à devenir soldat d’une association secrète, en vue de l’assassinat du Général De Gaulle.  Il raconte sa mère, maltraitée, passive face à ces violences, l’ombre d’elle-même, dans un réel déni de la maladie mentale de son époux. Il racontera aussi comment tous ces mensonges le faisaient aussi rêver au destin fabuleux de son père… A 12 ans, on ne remet pas en question les paroles de son papa.

Sorj Chalandon nous touche aussi particulièrement dans la seconde partie de son roman quand on découvre son double autobiographique, Emile, essayant de renouer contact avec ses parents après des dizaines d’années de salvatrice et nécessaire prise de distance. On y sent toute la tendresse d’un homme qui essaye d’oublier, de tourner la page, de tendre la main malgré tout.

Profession du père est un récit conté d'un rythme soutenu, intime, mordant, un vrai coup de poing. Un livre qui ne laissera personne indifférent.

Delphine

Septembre 2015

carthage oatesLire Joyce Carol Oates n'est jamais de tout repos, tant les faits racontés émeuvent, dérangent, perturbent. Mais sa plume limpide, le rythme soutenu du récit qui tient du polar, forcent le lecteur à foncer tête baissée, même s'il en sort toujours un peu abasourdi.

L'histoire  commence par la découverte du lit vide de Cressida, au petit matin d'un jour de juillet 2005, par sa mère Arlette. Cressida est la fille cadette de la famille Mayfield, famille respectée de la bourgeoisie de Carthage, dans l'Etat de New York.

Zeno Mayfield, le père de la jeune disparue, est l'ancien maire de la ville. Zeno et Arlette ont deux filles adolescentes, l'aînée, Juliet, est "la jolie, "la douce" et "la bénie". Elle vient de rompre de manière inattendue ses fiançailles avec le caporal Brett Kincaid, un rescapé de la guerre d'Irak, revenu défiguré, brisé. Quant à Cressida, la cadette, elle est "l'intelligente" mais "la laide", "la damnée". Un petit corps mal fichu, un visage sans charme où seules deux pupilles brunes pétillent. Petite fille blessée, hypersensible, n'ayant que du dégoût pour elle-même.

Brett Kincaid est le dernier à avoir vu Cressida vivante.Mais que s'est-il réellement passé lors de cette terrible soirée, au Roebuck, un café mal fréquenté, où on ne l'avait jamais vue ? Dans le cerveau dérangé et la mémoire fracassée de Brett, tout se confond : souvenirs de la guerre où des atrocités ont été faites sur des civils irakiens, sa conscience ne le laissant pas en paix, et tentatives de formuler les événements de sa dernière rencontre avec Cressida. Cressida dont le corps ne sera jamais retrouvé, seul son petit pull rayé noir et blanc, le sera, mais plus tard, sur la berge du fleuve. Après des aveux de meurtre, tourmentés et incertains, Brett est incarcéré dans une prison de haute sécurité. 

La disparition de leur fille et l'incarcération de Brett fera "exploser" l'harmonie familiale des Mayfield. Zeno "avait entendu dire que la mort d'un membre de la famille provoque une réaction sismique parmi les survivants", "l'absent reste absent et douloureusement présent".

Mais le lecteur n'est pas au bout de ses surprises. D'intéressants et d'étranges personnages traversent le roman comme "l'Enquêteur", un chercheur qui tient à "exposer le ventre malade de l'âme américaine" et qui enquête sur les couloirs de la mort dans les Etats qui pratiquent encore la peine capitale.

Tout se tient, tout nous donne à réfléchir, par une des auteurs qui est "toujours aux prises avec les pires aspects du comportement humain".

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 Véronique B., une admiratrice incurable de Joyce Carol Oates

Octobre 2015 - également disponible en format numérique.

jaivuunhomme sheersMichaël, un après-midi de canicule, voit la porte de ses chers voisins anormalement ouverte, ils ne sont normalement pas là. Il entre et vérifie les lieux, avec une angoisse croissante. Que va-t-il découvrir sur lui, sur ses amis dans cette maison silencieuse, apparemment figée sous le soleil implacable du dehors ?

Et qui se sentira responsable du drame qui va se jouer ?

Tant de questions surgissent après la lecture de ce magnifique roman, et tellement intéressantes... Quand sommes nous bons ou mauvais? Comment réagir quand dans le quotidien survient un élément qui nous bouleverse?

Et pour ne rien gâcher, l'ambiance de Londres est terriblement bien rendue, on s'y croirait.

Véronique G.

Octobre 2015 - également disponible en anglais en format numérique.