Librairie Papyrus

"A travers les feuilles d'un bon livre, on pourra entendre un écho qui ressemble au bruit des forêts." Henry David Thoreau

Deux récits habilement entrecroisés à 150 ans de distance. Le lien principal : une maison bancale dans laquelle ont vécu deux femmes.

Willa, aujourd'hui, ne ménage pas sa peine pour tenter de remédier à de multiples difficultés, une famille compliquée et une situation financière catastrophique. Un siècle et demi plus tôt, au même endroit, Mary se passionne pour les insectes et correspond régulièrement avec Charles Darwin. Elle se lie d'amitié avec son voisin, professeur de sciences en conflit avec son directeur qui n'admet pas ses idées avancées. Deux femmes que réunit leur semblable volonté de faire face aux bouleversements de leurs époques.

Comme dans tous ses romans, Barbara Kingsolver déborde d'empathie pour ses personnages. Tout cela donne un magnifique "tourne-page", d'autant plus que l'auteur ne dédaigne pas l'humour et qu'elle a le sens de la formule.

Véronique

Traduit de l'américain par Martine Aubert. Paru en août 2020. Aussi disponible au format numérique.

Fasciné par une troublante histoire entendue lors d’une partie de pêche à la mouche, K. Johnson se lance dans une palpitante enquête à la recherche d’oiseaux volés dans un musée anglais il y 10 ans. Enquête qu’il nous livre dans ce récit et qu’il replace dans un contexte historique plus large. Il s’agit là aussi, malheureusement, d’un chapitre supplémentaire sur cette frénésie destructrice des hommes à vouloir accaparer tout ce que la nature peut « offrir », dont sa beauté (pour le plaisir des yeux, regardez sur internet la photo d´une mouche à saumon victorienne). Un beau livre, avec une mise en pages emplumée, et un thriller plus véridique que… nature dans le monde des collectionneurs d'oiseaux exotiques. Lecture addictive et instructive recommandée.

Grégory

Traduit de l'américain par Doug Headline. Paru en septembre 2020. Aussi disponible au format numérique.

Un romancier peu inspiré vient se réfugier dans une minuscule cabane, dans un village isolé, au bord de la mer, pour achever un roman qui décidément n’avance pas. Eliasson écrit tel un peintre par petites touches, touches qui sont autant d’états d’âmes d’un artiste qui se frotte aux vertiges de la solitude et des questionnements relatifs à la création littéraire. Un livre au ton apparemment léger, mais profond et poétique à la fois et qui ne manque pas d’un certain et désabusé humour.

Grégory

Traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson. Paru en septembre 2020.

 

 

Quelle claque que ce premier roman de Stephan Markley ! Ohio réussit la prouesse d’être à la fois un roman à suspens, mais aussi un grand roman politique sur cette Amérique - et sa jeunesse surtout, désorientée. Ohio, c’est l’histoire de quatre trentenaires qui se retrouvent dans la petite ville où ils ont grandi. Par hasard ? Pa tout à fait. Un roman percutant, une écriture agressive et incisive, des pointes de poésie froide et une intrigue qui se met lentement mais diaboliquement en place.

Grégory

Traduit de l'américain par Charles Recourse, paru en août 2020. Disponible aussi en version numérique.

Ouvrage passionnant ! De manière très détaillée, A. Scurati nous relate dans de courts chapitres la fulgurante ascension du fascisme ainsi que celle de son guide, le Duce. Entre ces chapitres des documents d’archive (extraits de journaux, de correspondance, de discours, …). Réalité et fiction dialoguent sans cesse et cette narration nous tient en haleine pendant 800 pages. Il s’agit d’un roman, mais d’un roman documenté sur ces temps sombres de l’Italie et qui nous fait encore réfléchir aujourd’hui.

Grégory

Traduit de l'italien par Nathalie Bauer, paru en août 2020. Aussi disponible au format numérique.

La laveuse de mortMa fille, le monde dans lequel tu as vu le jour te fera trébucher sur les lettres des ténèbres, mais avec la volonté de vivre que tu possèdes, tu choisiras de trébucher sur la voie des sommets et non des profondeurs.

Sara Omar nous livre un roman extrêmement fort et dur, inspiré de sa vie et de celles de tant d'autres femmes musulmanes de par le monde. C'est une lecture qui vous happe, c'est une histoire qu'on lit d'une traite en apnée, et c'est un livre nécessaire qui donne vie et voix à ces milliers de femmes et filles opprimées par l'extrémisme religieux.

Gawhar est la laveuse de mort de son village du Kurdistan, elle prend soin des corps mutilés et sans vie de femmes assassinées et abandonnées par leurs familles. Elle leur redonne une certaine dignité et humanité, elle leur offre un linceul et les accompagne par la prière dans leur retour à la terre. Gawhar est aussi la grand-mère maternelle de Frmesk, petite fille née avec une unique mèche de cheveux blancs, dont elle aura la garde pour la protéger de son père, soldat kurde engagé dans la guerre contre l'Irak, qui tue déjà à petit feu sa propre fille, Rubar, la mère de Frmesk. Heureusement, Frmesk évoluera dans un foyer où règne chaleur, amour et respect; et son grand-père, de confession zoroastrienne, est un libre penseur qui possède une magnifique bibliothèque et qui lui insufflera les valeurs de solidarité, de connaissances et de liberté. Malgré tout, en grandissant, l'étau se resserre autour de Frmesk, jusqu'à ce que l'impensable se réalise, dans le plus grand secret... 

C'est ça, le coeur de tous les maux, mon fils. La perte de la virginité d'un homme ne compte pas. Seules les femmes et leur sexe peuvent être responsables de l'infamie qui s'abat sur une famille, et cette responsabilité est si lourde qu'elle peut toujours justifier qu'un homme ait recours à la violence ou au meurtre.

Premier tome d'une trilogie, ce roman a permis à l'autrice de revenir à la vie après une tentative de suicide et a la force des grands récits, sombre et lumineux à la fois. C'est un livre qui parle d'honneur, de déshonneur, de croyances et de tabous, de femmes courageuses dont la vie ne tient littéralement qu'à un fil. Indispensable.

Aujourd'hui, Sara Omar milite pour le droit des femmes musulmanes à travers le monde, elle est réfugiée au Danemark depuis le début des années 2000 et reçoit toujours des menaces de mort.

Catherine D.

Publié en octobre 2020, traduit du danois par Frédéric Fourreau. Existe également au format numérique.

 

Dans les années nonante, le narrateur débarque dans la chaleur de San Cristobal, ville située près d'une jungle dense et longée par un fleuve tropical. Mystérieusement, des jeunes enfants apparaissent dans les rues de la ville, des enfants sauvages, sans attaches, qui parlent une langue qui leur est propre. D'abord inoffensifs, ils vont se mettre à piller les rues et les habitants. Qui sont ces enfants ? D'où viennent-ils ? Quelle langue parlent-ils ? Pourquoi les adultes les craignent-ils tant ? Vingt ans plus tard, le narrateur se souvient des faits et les raconte. Jusqu'à cet épisode terrifiant du supermarché.

Un livre d'une puissance folle, une atmosphère glaçante, mystérieuse et tragique, quasi irréel, qui chahute nos regards sur nos enfants et s'incruste sous la peau. À lire !

Olivier

Paru en mai 2020, traduit de l'espagnol par François Gaudry.

 

les témérairesAu hasard et dans le désordre, Charles le Téméraire, la Bourse de Bruges, Jan Van Eyck, la guerre de Cent ans, le Parlement de Malines, les Hospices de Beaune, cela vous dit quelque chose? Oui, sans doute, mais pouvez-vous les rattacher ensemble? 

Passionnant de bout en bout, Bart Van Loo passe en revue 150 ans de mariage, de festins, de meurtres, de successions, de commerces, de révoltes, de chefs d’œuvre, ... ou le destin singulier du duché de Bourgogne et de leurs ducs successifs qui rêvèrent pour les territoires qu’ils unifièrent - de Dijon à Amsterdam à leur apogée, à la fin du XVème siècle - de puissance, de grandeur et de beauté. Leurs présences et leurs actions dans les comtés et duchés qui constituent, entre autres parts, la Belgique actuelle a laissé un bon nombre de traces, souvent artistiques (mais pas seulement), que cet ouvrage nous donne envie de (re-)découvrir urgemment. Un livre à mettre sans hésiter entre les mains de tous ceux et toutes celles qui veulent apprendre, ou seulement se rappeler, ce riche et mouvementé passé.

Un coup de cœur pour ces quelques 600 pages qui peuvent se lire à la fois comme une somme de culture générale, un thriller historique et un guide touristique.  

Gregory R.

Paru en octobre 2020, traduit du néerlandais par Daniel Cunin et Isabelle Rosselin. Existe aussi au format numérique.

 

Un gang de femmes s'impose dans une guerre de territoires dans la ville de Manchester, entre les hommes et les différents trafics. Jusqu'au jour où Carla, leur cheffe, se fait tuer pour avoir séduit la femme d'un membre d'un gang rival, laissant orpheline une petite fille de dix ans, que les femmes auront à cœur de prendre sous leurs ailes. S'organise alors une révolte teintée de revanche, de loyauté et de sang.

Une narration haletante menée par une écriture nerveuse et une atmosphère qui cogne.

Olivier

Traduit de l'anglais par Maxime Berrée, existe aussi au format numérique.

 

Je ne voulais pas être considérée comme une femme s’intéressant à la science, une femme noire s’intéressant à la science, je voulais être considérée comme une scientifique, un point c’est tout.

Gifty est une jeune chercheuse en neurologie qui préfère la compagnie de ses souris de laboratoire à toute autre compagnie humaine. Lorsque que sa mère, dépressive, vient habiter chez elle alors qu'elle est sur le point de terminer sa thèse, c'est l'occasion pour Gifty, américaine d'origine ghanéenne, de revenir doucement sur son passé et de tenter de comprendre la résonnance que celui-ci a sur son présent. Elle se livre par petits bouts et au fil de la lecture, on comprend progressivement ce qui l'a menée à s'intéresser au processus de l'addiction et de la dépression, deux mécanismes qui ont détruit sa famille : son frère Nana d'abord, le héros de son enfance, adolescent promis à un bel avenir dans le basket que la drogue anéantira; sa mère ensuite, aux croyances religieuses immenses, qui ne se remettra jamais vraiment de la disparition du fils, tandis que le père a fui et est retourné refaire sa vie au pays...

Gifty se construit comme elle peut, jeune femme noire aux pays de l'Oncle Sam, partagée entre son désir de croire en un Dieu hypothétique et le besoin vital de se réfugier dans le raisonnement scientifique, ses difficultés à exprimer ses émotions que ce soit dans ses relations amicales ou amoureuses et à exister en tant que femme et scientifique.

Voici un très beau roman intimiste qui aborde subtilement la question raciale en Amérique et les difficultés rencontrées par une famille ordinaire issue de l'immigration, à travers la relation complexe qu'entretiennent la mère et la fille tout au long de leur vie.

Mais être en vie dans le monde, chaque jour, tandis que nous recevons chaque jour davantage, tandis que la nature de ce que « nous pouvons supporter » change et que nos façons de le supporter changent également, c’est une sorte de miracle.

Catherine D.

Paru en août 2020, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Damour. Existe aussi au format numérique.

 

En 1666, un vieil astronome prédit une éclipse totale du soleil à venir, qui plongerait le continent dans l’obscurité la plus complète l’espace de quatre secondes. Une prédiction qui surprend, non seulement parce qu’il est le seul de ses collègues à l’annoncer mais surtout parce que ce scientifique est aveugle. Intrigué, le jeune Leibniz va partir à sa rencontre. Ce livre raconte leur entrevue inédite, le dialogue des deux hommes durant les trois heures qui précèdent ladite éclipse, retraçant l’histoire du savant et de sa prédiction, à coup d’anecdotes fantasques et de digressions tantôt loufoques, tantôt interminables, souvent les deux à la fois.

Un roman subtilement drôle, tout à fait étonnant, dans un style flamboyant et (très) digressif. On se demande en permanence ce qui tient de la réalité ou de l’invention pure et dure. Une lecture exigeante, qui pose aussi de vraies questions philosophiques, sur le mode de l’absurde ou de l’anecdote, mais qui en vaut le détour !

Olivier

Paru en août 2020, traduit de l'américain par Claro. Existe aussi en version numérique.

 

leboisLe bois de Jeroen Brouwers est un terrible roman ! Terrible par l'histoire qu'il raconte, terrible dans le style proposé, un style qui rend bien le trouble dans lequel le narrateur est plongé et son cheminement.

Nous sommes dans les années 1950 dans un monastère franciscain qui abrite un pensionnat pour garçons adolescents au Pays-Bas. Un homme laïc, et au départ engagé comme enseignant, se retrouve dans la vie monastique et revêt l'habit de moine sans avoir mûri cette décision. Petit à petit, il se trouve démis de ses fonctions d'enseignement pour se consacrer au culte. Dans ce lieu, on éduque les enfants à la dure, les brimades et violences physiques sont quotidiennes. Et depuis l'arrivée au monastère du frère Mansuetus, cela va beaucoup trop loin... Un soir, un garçon manque à l'appel.

Une lecture qui laisse une empreinte indélébile dans le coeur du lecteur et qui nous rappelle que le silence peut être une arme et que la parole a un véritable pouvoir. 

Catherine M

Paru en octobre 2020. Traduit du néerlandais par Bertrand Abraham. Existe aussi en format numérique

 

basdecasse lange mullerDu jour au lendemain, le patron de cette petite imprimerie à l’ancienne disparaît, entraînant dans sa foulée la mise sur la touche de ses quatre employés. Désœuvrés par l’arrêt subit de leur activité, ils se retrouvent dans un bar pour noyer leur désarroi dans des litres de schnaps. Nous sommes dans les années 1970 en RDA et ces quatre destins marginaux vont raconter des révoltes sourdes, quasi invisibles, contre leur quotidien. Les révoltes des laissés-pour-compte de l’époque du Mur. Un petit concentré de puissance. Étrange, troublant, tendre et drôle.

Olivier

Paru en octobre 2019. Traduit de l'allemand par Barbara Fontaine. Existe aussi en version numérique

Lfaserland krachte narrateur traverse l’Allemagne de fête en fête, bravant les gueules de bois et les rencontres sauvages dans une épopée drôle et pleine de sentiments malgré la froideur des personnages qu’il rencontre. Il dépeint la jeunesse allemande des années 1990 et sa consommation de toutes sortes de drogues, avec cynisme et drôlerie. Au travers d’un ton brut et d’une voix d’une honnêteté troublante, il dresse un constat glaçant d’une jeunesse privilégiée, envahie par le vide. La ressemblance avec Bret Easton Ellis est frappante, si ce n’est qu’on trouve chez Kracht une dose d’humour qu’il décline avec adresse, dans une langue directe. Admirable.

Olivier

Paru en septembre 2019. Traduit de l'allemand (Suisse) par Corinna Gepner. Existe aussi en version numérique

mississipisoli harrisDans les années 1980, à l'âge de trente ans, Eddy L. Harris ressent le besoin de vivre une expérience hors norme. Il est depuis son enfance fasciné par le Mississippi, ce fleuve mythique qui traverse les Etats-Unis du Nord au Sud. Il décide de le descendre en canoë depuis sa source dans le Minnesota jusqu'à son embouchure dans le Golfe du Mexique et se lance dans l'aventure, sans doute innocent des dangers qui l'attendent : le trentenaire n'a jamais canoté plus de quelques heures dans sa vie, est équipé assez sommairement d'une tente et de quelques sacs étanches pour protéger son matériel de survie assez rudimentaire. Il n'a jamais non plus expérimenté la solitude. Mais il est bien décidé à parcourir les 6500 km de l'Old Man River, à la force de ses bras. Et à découvrir les différentes visages de l'Amérique, les ambiances contrastrées entre les états du Nord et les états du Sud, à rencontrer ses habitants tout en prenant la mesure du racisme : Eddy L. Harris a la peau noire, et ne s'est jamais vraiment vécu comme Noir jusqu'à ce jour. Ce voyage sera l'occasion de sonder le coeur des Américains et de plonger au plus profond de lui-même. 

Ce livre est à la fois un récit de voyage, une étude sociologique sur l'Amérique, une description fascinante de la beauté et de la force de la Nature, un récit intimiste et philosophique sur la solitude et la quête du bonheur. C'est un texte passionnant, palpitant et émouvant. 

Trente ans plus tard, Eddy L. Harris revient sur ce livre qui a été décisif dans sa carrière d'écrivain et sur cette expérience qui l'a marqué. Pour le bien d'un documentaire, il a décidé de refaire le même voyage. 

Publié aux Etats-Unis en 1988, Mississippi Solo est publié pour la première fois en français. Ce texte important, plébiscité Outre-Atlantique, méritait une traduction en français, c'est désormais chose faite, grâce au travail éditorial des éditions Liana Levi. Merci à eux ! 

Delphine

Paru en septembre 2020. Traduit de l'américain par Pascale-Marie Deschamps. 

Nosesprances AnnaHope 2020« Elles ont encore la majeure partie de leur vie devant elles. Elles font des erreurs, mais rien de fatal. Elles ne sont plus jeunes, mais ne sentent pas vieilles. La vie est encore malléable et pleine de potentiel. L’entrée des chemins qu’elles n’ont pas empruntés ne s’est pas encore refermée. Il leur reste du temps pour devenir celles qu’elles seront. »

Une belle histoire de femmes, d’amitié, où il est question de choix, d’art, de carrière, de maternité, de doutes et d’amour, le tout servi par l’écriture empathique de son autrice. Un très bon moment de lecture en ces temps troublés !

Catherine D.

Paru en février 2020, traduit de l’anglais par Elodie Leplat. Existe aussi au format numérique.

Que dire de Belt Magnet ? Belt Magnet a 38 ans, vit chez son père (sa mère étant décédée quand il était adolescent), souffre de psychoses légères. Il parle avec des objets inanimés depuis l’enfance, ressent de la compassion pour eux au point de détruire à coups de battes de baseball les balançoires rouillées qui ornent son patelin et le supplient de mettre un terme à leur souffrance. Il entreprend d’écrire ses mémoires, ce qui plonge le lecteur dans le passé de Belt et nous donne un aperçu de ce qui se joue dans sa tête. Son cerveau fonctionne comme un tourbillon, il (sur)analyse chaque situation, chaque interaction, chaque moment de son quotidien et de son passé, dans des digressions interminables.

Dans un style addictif, rythmé, inventif, des dialogues maniaques, des personnages à la logorrhée délirante, l’auteur nous partage la solitude de la folie (douce, tragique et drôle) avec une finesse et une maitrise qui imposent le respect.

Il y décrit aussi, avec une justesse et un œil visionnaires, le monde qui est le nôtre, mais qui déborde, par certains traits, dans une version dystopique mais tout à fait réaliste de ce monde. Par exemple, il explique comment les Curios, adorables animaux de compagnies créés pour apaiser les personnes atteintes de troubles comportementaux légers, deviennent avec le temps des objets de consommation massive, détournés de leur utilisation première pour expérimenter la violence et l’extase. Tout cela, jamais sans poser de jugement, à l’image de Belt, ce héros drôle et attachant, personnage principal d’un roman drôle et attachant.

Sensationnel de maîtrise et d’émotions ! Chef d’œuvre !

Olivier

Traduit de l'américain par Maxime Berrée. Paru en octobre 2019. Aussi disponible en version numérique.

lesfemmesde bonviciniVittorio, romancier autrefois célèbre, disparaît le soir de Noël, absent du repas concocté par son épouse. Autour de la table se retrouvent sept femmes aux relations le plus souvent teintées d’hostilité. Sept femmes qui gravitent autour de sa personne : sa mère de 89 ans, sa femme, son ex, sa sœur, ses deux filles et sa jeune maîtresse. Au fil des semaines, les masques tombent. "Car si Vittorio était leur dénominateur commun, il était aussi la raison de leur rivalité."

Roman choral psychologique, chronique drôle et féroce du milieu bourgeois milanais et du carcan familial.

Véronique

Paru en mai 2020. Traduit de l'italien par Lise Caillat. Existe aussi en version numérique

Derrière l’immaturité, la maladresse et l’irresponsabilité de cet anti-héros alcoolique et autodestructeur, on découvre un homme touchant, noyé par l’amour. Une belle déclaration d’amour à travers le récit d’une déchirante séparation, racontée avec humour et dérision.

Olivier

Traduit de l'américain par Théophile Sersiron. Paru en janvier 2020.

 

 

 

Nous sommes au tout début des années 1990, dans la banlieue de Chicago. Brian Oswald a 17 ans, il est fan de musique punk, et il est en colère. Parce que ses parents font chambre à part et que leur couple n'a pas l'air de s'arranger, parce que les enseignants de son lycée catholique ont des idées trop arrêtées sur les tenues vestimentaires acceptables, parce qu'il découvre la politique et les injustices, mais surtout parce qu'il est amoureux de Gretchen, sa meilleure amie, qui ne rêve que de sortir avec un tocard de 26 ans. Ancien loser invisible, il tâche tant bien que mal de devenir cool (tout en restant authentique et punk) - même si sa moustache ne pousse pas, et qu'il est encore loin de pouvoir acheter un van pour draguer les filles.

On plonge avec grand plaisir dans la vie quotidienne de Brian: ses questionnements, sa découverte des filles, ses indignations... Le tout au rythme des groupes punks et hard rock américains et de la quête de la compil/playlist ultime qui lui permettra de déclarer sa flamme à Gretchen.

Une super découverte et un véritable régal de lecture!

Hélène

Traduit de l'américain par Estelle Flory. Paru en septembre 2019. Aussi disponible en version numérique.

Kerry Hudson publie un récit autobiographique à dimension sociale, où elle raconte les effets qu'a eue sur elle une enfance vécue dans la pauvreté. Tâchant de réconcilier son présent (d'écrivaine reconnue, en bonne santé, dans une relation stable et aimante) et son passé (d'enfant malmenée par son milieu social, son entourage, ses conditions de vie), elle retourne dans les villes où elle a vécu petite, certaines parmi les plus pauvres d'Ecosse et d'Angleterre. Sans jugement et de façon très personnelle, elle relate ses pèlerinages et ses rencontres, dans un livre qui nous balade entre les années 80 et notre époque, en passant par les années 90 où se déroulèrent ses cruciales années d'adolescence. À partir du récit de sa propre vie, Kerry Hudson apporte une certaine visibilité aux exclus, aux invisibles. Elle s'interroge sur les rouages d'un système qui fait se perpétuer, génération après génération, les mêmes schémas de vie et les mêmes blessures.

Un très beau texte qui incite à la réflexion.

Hélène

Paru en janvier 2020. Traduit de l'anglais (Ecosse) par Florence Lévy-Paolini, aussi disponible au format numérique.

 

archivesdesenfantsperdus luiselliUne famille recomposée quitte la côte Est pour se diriger vers la frontière mexicaine. La mère est obsédée par le sort des enfants d’Amérique Centrale qui tentent de traverser la frontière Mexique-USA. Le père est fasciné par le peuple Apache et le personnage de Géronimo. Ils sont tous deux documentaristes sonores. Pour mener à bien leurs recherches, ils entament un road-trip à travers les Etats-Unis. Ce voyage sera aussi l’occasion d’une véritable introspection du couple et de la famille lorsque les centres d’intérêts de chacun diffèrent et s’éloignent les uns des autres...

Ce roman raconte une vraie histoire, tout en abordant de nombreuses questions : quelle est, dans notre société, la place de l’archive, du document, de l’art ? Quel équilibre entre passion professionnelle et vie familiale ? Comment un couple vieillit-il ? Une lecture marquante !

Catherine M.

Paru en août 2019. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard. Existe aussi au format numérique

cequellesdisent MiriamToews BuchetChastelElles sont huit femmes. Huit femmes mennonites illetrées et considérées à peine mieux que du bétail, qui se réunissent en secret pour discuter de leur avenir, en réaction à la vague de viols qu’elles ont subi de la part des hommes de leur communauté. Elles ont 24 heures pour décider : ne rien faire et rester, rester et lutter ou partir vers un monde qui leur est inconnu. Un seul homme est accepté lors de leurs discussions, l’instituteur, qui va retranscrire leurs débats en anglais. Miriam Toews nous livre un roman fort, inspiré de faits réels, et donne voix à ces femmes courageuses, résilientes et capables de traits d’humour, sur le chemin de leur émancipation. Puissant et inspirant!

Catherine D.

Paru en août 2019, traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné. Existe aussi au format numérique.

girl obrienGirl est l’histoire d’une jeune adolescente nigériane, enlevée par Boko Haram et qui nous raconte, à la première personne, la nuit de l’enlèvement, ses années de captivité mais aussi sa fuite, son retour au village. Une histoire d’une grande force littéraire et narrative. Dès les premières pages, on est happé par le récit et le style de l’autrice qui vient d’ailleurs d’être récompensée par le jury du Prix Femina. C’est un livre assez dur mais qu’on n’a pourtant pas envie de lâcher. Après ce genre de lecture, on se dit que l’être humain est plein de ressources et que les rencontres peuvent mener au pire comme au meilleur. Une lecture essentielle.

Prix spécial Femina étranger 2019.

Catherine M.

Paru en août 2019. Traduit de l'anglais (Irlande) par Aude de Saint-Loup. Existe aussi au format numérique. 

La suite tant attendue de La Servante Écarlate, publié en français en 1987 et adapté en série télévisée depuis 2017.

Nous sommes de retour à Galaad, quinze ans après les événements du premier livre. La théocratie est toujours bien en place, mais commence à montrer des signes de faiblesse, pourrissant de l'intérieur depuis des années... Tante Lydia, un personnage apparaissant dans le premier livre, raconte l'histoire de la République. De sa fondation, à laquelle elle a été contrainte de participer, à ce qui se trame dans les coulisses du pouvoir depuis le début.

La narration est également assurée en alternance par Agnès, la fille d'un Commandant de haut rang, sur le point d'être mariée à un des meilleurs partis de Galaad; et celui de Daisy, une adolescente ayant grandi de l'autre côté de la frontière, au Canada.

On retrouve avec plaisir (et effroi) l'univers dystopique construit avec talent par Margaret Atwood!

Hélène

Traduit de l'anglais (Canada) par Sylvaine Rue. Aussi disponible en version numérique.