Librairie Papyrus

"A travers les feuilles d'un bon livre, on pourra entendre un écho qui ressemble au bruit des forêts." Henry David Thoreau

lachauvesourisetlecapital malmAndreas Malm est un militant pour le climat qui, comme d'autres auteurs, établit un lien fort entre capitalisme et crise climatique. Dans ce livre, il se fait l'observateur et l'analyste de la première phase de la pandémie de Covid-19 et, dans une première partie, il compare les réactions des gouvernements face à deux urgences, l'urgence sanitaire et l'urgence climatique et environnementale, qui diffèrent par bien des aspects. L'essai explore ensuite les liens de cause à effet entre les déforestations massives et les épidémies ou pandémies ayant démarré d'une transmission de virus d'un animal vers l'espèce humaine. Comme l'indique le titre, Malm propose enfin une stratégie qui s'appuie sur les États pour diminuer drastiquement les émissions liés aux énergies fossiles.

Cet essaie se lit rapidement, est très accessible, cite de nombreuses sources et est porté par l'énergie électrique de son auteur.

Natacha

Paru en septembre 2020. Traduit de l'anglais par Étienne Dobenesque.

etsi robhopkinsRob Hopkins, c'est cet activiste anglais souriant souvent associé au mouvement des Villes en transition. Transition écologique, résilience face au pic de pétrole, aux changements climatiques et aux inégalités sociales : autant de concepts qu'on peut associer à ce mouvement. 

Face aux questions du "que faire?" et "comment faire?", qui nous laissent souvent un amer goût d'impuissance ou de découragement, Hopkins raconte dans ce livre une kyrielle d'histoires vraies, des initiatives locales qui ont montré un potentiel de transformation étonnants: le petit groupe qui a transformé un sinistre terminal de bus en place du village verdoyante pour un jour, éveillant ainsi la conscience que c'était possible; les éducateurs qui ont réaménagé une carrière en site de formation pour d'anciens détenus; et tant d'autres. 

Vivifiant, libérateur, lucide aussi, ce texte porte en son coeur un outil puissant: l'imagination. Habituellement associée au manque de réalisme, au rêve sans suite, elle est au contraire, on en sort convaincu après la lecture de ce livre, un levier incroyable de changement et d'action. 

Un livre à lire, à prêter, à relire et à faire circuler !

Natacha

Maniresdetrevivant BaptisteMorizot ActesSud2019"Si le collectif humain n'est qu'un noeud de relations au milieu qu'il habite, les limites dans l'usage de ce milieu ne sont plus des contraintes externes imposées par une Nature dont il faudrait s'émanciper, mais les lignes mêmes de notre visage. De notre visage réel, non fantasmé : celui d'un vivant insufflé de vie par la communauté biotique qui le porte à bout de bras."

Voici une lecture dont on ressort transformé, un peu sonné aussi, et surpris. Surpris d'avoir tant appris, surpris par la beauté des mots, supris par la force des concepts élaborés savamment par l'exemple. Car Baptiste Morizot est un philosophe engagé, pour qui le réel et l'expérience fondent la pensée, cette dernière s'inscrivant au coeur du vivant. Il nous emmène alors avec lui dans les montagnes du Vercors sur la piste des loups, et conséquemment sur celle des brebis, des bergers et de la prairie qu'ils occupent pour, tour à tour, nous faire "ressentir" leurs manières d'être. C'est avec force et subtilité que le philosophe de terrain va nous inviter à repenser la politique du vivant en remettant la relation au centre de tout, en déployant un art de l'attention, de l'interprétation, de la "diplomatie interspécifique des interdépendances comme théorie et pratiques des égards ajustés." Plonger dans le monde de Baptiste Morizot, c'est comme prendre un bain de forêt tout en pensant aux photos qu'on ira poster en rentrant sur son réseau social préféré : notre position est équivoque, un trouble d'ordre moral se fait sentir et paradoxalement, c'est à cet endroit-là précisément que nous pouvons agir, sans prendre position mais en écoutant notre "barbouillement moral" qui nous fait entrer en toute discrétion dans une politique du vivant... c'est rassurant et vivifiant!

Il y a tant à lire (et tant à dire), tant à s'imprégner et à découvrir, le tout servi par une écriture virtuose, ancrée et poétique, sensible. Une lecture vibrante, engagée, utile à tous les vivants, humains et non humains, et qui ne tombe pas dans l'opposition extractivisme versus sanctuarisation de la nature, mais qui réconcilie l'interconnectivité (pour la défense d'une culture de l'internet libre) avec l'expérience de la nature. Brillant!

Catherine D. 

Paru en février 2020, collection Mondes Sauvages chez Actes Sud Nature. Disponible également au format numérique.

"Plus qu'en appeler à l'amour de la Nature, ou agiter la crainte de l'Apocalypse, il me semble qu'une voie plus ajustée aux enjeux du temps revient à multiplier les approches, les pratiques, les discours, les oeuvres, les dispositifs, les expériences qui sont capables de nous faire sentir et vivre depuis le point de vue des interdépendances. Nous faire sentir et vivre comme vivant parmi les vivants, comme eux pris dans la trame, partageant des ascendances et des manières d'être vivant, un destin commun, et une vulnérabilité mutuelle.
Paradoxalement, c'est la crise aujourd'hui qui est le dispositif de cet ordre le plus efficient : la crise des abeilles, la crise de la vie des sols, la crise des forêts amazoniennes comme puits de carbone, parce que la fragilisation d'une forme de vie prise dans le tissage fait tinter toute la trame jusqu'à nous, et nous rapelle que nous n'avons jamais été seuls, que nous ne sommes vivants que glissés dans la vie des autres, dans une situation de vulnérabilité mutuelle.
C'est l'expérience de la vulnérabilité mutuelle avec les pollinisateurs, les vers de terre, la vie des océans, qui nous pousse à sentir depuis le point de vue des interdépendances. A élargir le spectre du souci. C'est que nous traitons désormais de vivant à vivant. Et plus d'"Homme" à "Nature". Si nous sommes vulnérables à leur fragilisation, c'est qu'ils sont importants. Et s'ils sont importants, pourquoi tous les autres ne le seraient-ils pas aussi? Et, de là, la brèche est ouverte dans notre attention politique, où peut s'engouffrer le reste du vivant. C'est une manière de comprendre le déploiement si soudain d'un mouvement comme Extinction Rebellion, comme le sens profond de son mot d'ordre aux allures paradoxales : "Avec amour et rage". L'amour est le souci des interdépendances, la rage va contre ce qui les détruit."

Dans ce court essai, Pascacouvle Seys nous livre une belle réflexion sur le pouvoir de la poésie. En se référant à des auteurs classiques, elle nous rappelle que nous ne sommes pas des îles (Virgina Woolf, John Donne) et que nous vivons en constante interdépendance avec les autres, ceux qui nous entourent. Dans ce monde complexe d'interconnections, la poésie "déchire l'opacité de notre quotidien", "pulvérise" nos croyances, nous ouvre à d'autres visions du monde, et nous permet de supporter notre vie, de rendre l'ordinaire extra-ordinaire. Les poétes, tout comme les artistes peuvent être des visionnaires incroyables, nous parler de demain, bousculer nos imaginaires, proposer de nouveaux récits. Et à ce titre, ils sont tous aussi importants que les philosophes, sociologues, historiens qui étudient notre civilisation présente et passée.

Ce magnifique texte édité par l'éditrice Mélanie Godin, directrice des Midis de la poésie, nous invite donc à lire et relire de la poésie, à se laisser embaquer par les mots. Un vrai régal de lecture ! Un livre indispensable.

Catherine M 

Paru en novembre 2019

Voici une lecture instructive, dynamisante, éclairante, qui met un grand coup de pied dans bien des domaines!

"Les couilles sur la table" est, à la base, un podcast réalisé par Victoire Tuaillon. Il compte à ce jour plus de cinquante épisodes et traite des masculinités contemporaines. En compagnie d'un-e invité-e spécialiste de la question, la journaliste analyse en profondeur, à chaque épisode, une problématique y ayant trait. De l'éducation des garçons à la rhétorique masculiniste, en passant par l'alcool ou l'entreprise, ces entretiens sont toujours éclairants et passionnants!

Le livre du même nom est un condensé des problématiques abordées dans le podcast. En cinq grands chapitres (Construction, Privilège, Exploitation, Violence, Esquives), Victoire Tuaillon peint un panorama des différents aspects des masculinités et tâche de répondre à cette vaste question, "Qu'est-ce qu'être un homme, aujourd'hui, en France?". Le livre mêle recherches scientifiques et sociologiques, anecdotes personnelles et extraits d'entretiens avec les invité-e-s du podcast, qui comptent entre autres Virginie Despentes, Paul B. Preciado, Didier Eribon, Olivia Gazalé...

Une lecture à ne pas manquer, assurément!

Hélène

Paru en octobre 2019.