Ils [les Afghans] m'ont confié que j'étais l'une des rares visiteuses à ne pas arriver dans leurs bureaux avec une liste de griefs longue comme le bras. Quoiqu'il en soit, je les ai implorés, quasiment les larmes aux yeux, de ne pas céder aux exigences de personnes extérieures, ni de défigurer l'Afghanistan en installant des cafés au sommet de tous les cols, des juke-boxes dans les hôtels et des magasins de souvenirs à Bamian. Si les touristes tiennent à ces à-côtés, ils n'ont qu'à aller dans presque n'importe quel pays du monde auquel ils puissent avoir accès.
Enfin traduit en français, cet incroyable récit de voyage à vélo réalisé en 1963 par l'Irlandaise Dervla Murphy est rocambolesque, enthousiasmant, rempli de réflexions géopolitiques, culturelles et écologiques encore et toujours très actuelles !
Elle en rêvait depuis qu'elle avait reçu sa première bicyclette à dix ans, Dervla Murphy réalise son rêve de petite fille vingt-et-un ans plus tard en donnant ses premiers coups de pédale le 14 janvier 1963 de Dunkerque. Son voyage devait durer initialement quatre mois et rallier la ville française à New Delhi. Partie l'hiver le plus froid que le continent européen ait connu depuis des années, la cycliste trentenaire rencontrera quelques embûches dont des frontières fermées, des coups de chaleur dûs aux températures extrêmes sur les routes orientales, des réparations inadéquates sur son vélo,... et n'arrivera dans la capitale indienne que six mois plus tard.
Son récit se fait de plus en plus dense au fur et à mesure qu'elle quitte l'Europe et que le vrai voyage commence. La cycliste intrépide s'adapte à toutes les situations, prend chaque rencontre pour ce qu'elle est, se fait confiance quand tout le monde lui dit que c'est mission impossible et reste humble face à la beauté des pays qu'elle traverse. Elle ne tarit pas d'éloge sur l'Afghanistan qu'elle regrette en arrivant au Pakistan, puis celui-ci deviendra lui aussi un pays qui la "comble de bonheur". Le récit détaillé de ses encontres avec les habitant·es est savoureux, interpellant et très juste. Elle balaie tous les stéréotypes et préjugés qu'elle aurait pu avoir et ses écrits sont d'autant plus marquants qu'ils sont à la fois remplis de naïveté et très lucides sur la situation politique vécue à cette époque dans cette région du monde.
Voici un livre d'une finesse et d'une intelligence remarquables, qui donne envie de partir à l'aventure pour aller à la rencontre de l'Autre, celui qui nous est étranger et si semblable à la fois. Dervla Murphy est partie avec cette confiance qui, peut-être, nous fait cruellement défaut aujourd'hui.
Un récit de voyage à vélo intense et drôle, le plus célèbre du XXe siècle, à dévorer sans plus attendre et... à toute blinde !
Catherine D.

