Librairie Papyrus

"A travers les feuilles d'un bon livre, on pourra entendre un écho qui ressemble au bruit des forêts." Henry David Thoreau

La laveuse de mortMa fille, le monde dans lequel tu as vu le jour te fera trébucher sur les lettres des ténèbres, mais avec la volonté de vivre que tu possèdes, tu choisiras de trébucher sur la voie des sommets et non des profondeurs.

Sara Omar nous livre un roman extrêmement fort et dur, inspiré de sa vie et de celles de tant d'autres femmes musulmanes de par le monde. C'est une lecture qui vous happe, c'est une histoire qu'on lit d'une traite en apnée, et c'est un livre nécessaire qui donne vie et voix à ces milliers de femmes et filles opprimées par l'extrémisme religieux.

Gawhar est la laveuse de mort de son village du Kurdistan, elle prend soin des corps mutilés et sans vie de femmes assassinées et abandonnées par leurs familles. Elle leur redonne une certaine dignité et humanité, elle leur offre un linceul et les accompagne par la prière dans leur retour à la terre. Gawhar est aussi la grand-mère maternelle de Frmesk, petite fille née avec une unique mèche de cheveux blancs, dont elle aura la garde pour la protéger de son père, soldat kurde engagé dans la guerre contre l'Irak, qui tue déjà à petit feu sa propre fille, Rubar, la mère de Frmesk. Heureusement, Frmesk évoluera dans un foyer où règne chaleur, amour et respect; et son grand-père, de confession zoroastrienne, est un libre penseur qui possède une magnifique bibliothèque et qui lui insufflera les valeurs de solidarité, de connaissances et de liberté. Malgré tout, en grandissant, l'étau se resserre autour de Frmesk, jusqu'à ce que l'impensable se réalise, dans le plus grand secret... 

C'est ça, le coeur de tous les maux, mon fils. La perte de la virginité d'un homme ne compte pas. Seules les femmes et leur sexe peuvent être responsables de l'infamie qui s'abat sur une famille, et cette responsabilité est si lourde qu'elle peut toujours justifier qu'un homme ait recours à la violence ou au meurtre.

Premier tome d'une trilogie, ce roman a permis à l'autrice de revenir à la vie après une tentative de suicide et a la force des grands récits, sombre et lumineux à la fois. C'est un livre qui parle d'honneur, de déshonneur, de croyances et de tabous, de femmes courageuses dont la vie ne tient littéralement qu'à un fil. Indispensable.

Aujourd'hui, Sara Omar milite pour le droit des femmes musulmanes à travers le monde, elle est réfugiée au Danemark depuis le début des années 2000 et reçoit toujours des menaces de mort.

Catherine D.

Publié en octobre 2020, traduit du danois par Frédéric Fourreau. Existe également au format numérique.