Librairie Papyrus

"A travers les feuilles d'un bon livre, on pourra entendre un écho qui ressemble au bruit des forêts." Henry David Thoreau

   

Le coeur blanc, Catherine Poulain, L'Olivier

lecoeurblancQuel style ! Quel texte !  Catherine Poulain nous éblouit tant son écriture est belle, à la fois aérienne, et terreuse ; travaillée, sans être ampoulée.

Dans ce deuxième roman, deux personnages féminins sont à l'avant de la scène : Rosalinde et Mounia. Deux personnalités hors du commun, deux destins tragiques, deux âmes solitaires, deux femmes libres. Nous sommes dans le sud de la France, dans des villages agricoles où les saisonniers débarquent en fonction des récoltes et selon la main d’œuvre recherchée par les propriétaires (vendange, récolte des abricots, des olives...). Ces deux femmes font toutes les deux parties de cette horde de saisonniers qui sillonnent la campagne à la recherche d'un boulot pour quelques jours, d'un toit, et d'un bar où passer quelques heures après les longues journées de travail.

De nombreux personnages secondaires émaillent aussi ce roman, des bras cassés en grande partie, des errants. On sent que tous ces individus portent des histoires dures en eux, des secrets. Ils plongent dans le travail et l'alcool pour fuir une autre vie, une famille, un passé... et malgré la dureté de leur vie, de leurs actions, on s'attache à certains d'entre eux, on palpite avec eux, on fuit dans leurs pas, on rêve avec eux d'une vie plus douce.

Catherine Poulain nous emmène avec brio dans cet univers des ouvriers agricoles, un sujet particulièrement intéressant, et plutôt méconnu par les habitants du Nord que nous sommes (enfin moi en tout cas). On ne sort pas tout à fait indemne de cette lecture car la violence et la dureté sont bien au rendez-vous, il n'en reste pas moins que c'est un rendez-vous littéraire incontournable de cette année 2018.

Catherine M.

Paru en octobre 2018. Existe également en format numérique.

 

Le paradoxe d'Anderson, Pascal Manoukian, Seuil

leparadoxedandersonDans ce nouveau roman, Pascal Manoukian nous montre que la lutte des classes est loin d’être terminée.

Dans une petit ville de l'Oise, dans une petite banlieue pavillonnaire, on découvre Léa, fille de Aline et Christophe, tous deux ouvriers dans des usines de la région. La famille arrive à joindre les deux bouts, est propriétaire d'une petite maison et Léa est en train de passer son bac. Or, dans la même année, les deux usines vont se restructurer, et délocaliser une partie de leurs activités. Une partie des travailleurs va donc être mise à la porte. Ce genre de situation est relayé chaque semaine dans nos journaux, et ce que réussit admirablement Pascal Manoukian, c’est de nous faire vivre cette réalité depuis l’intérieur d’une famille ; une famille qui voit ses revenus diminuer fortement tout en ayant une forte conscience ce qu’elle vit. Les parents tentent alors tant bien que mal de masquer la réalité aux enfants ; et les enfants tentent tant bien que mal de briller dans leur études pour donner l’illusion à leurs parents qu’ils changeront de classe sociale, qu’ils gagneront mieux leur vie qu’eux, qu’ils quitteront ce ghetto... 

Voici un vrai roman social qui parle de déclassement, de fracture sociale. Un livre fort qui se lit d'une traite, un livre un peu dérangeant car il nous parle d'une réalité toute proche de nous, un livre essentiel et qu'il faudrait que tous les dirigeants d'entreprise et les dirigeants européens lisent...

Nous recevons l'auteur le mardi 6 novembre à 19h30 à la librairie.

Catherine M.

Paru en août 2018. Existe aussi en format numérique.

 

Pourquoi j'ai créé une école où les enfants font ce qu'ils veulent, Ramïn Farhangi, Actes Sud

Pourquoi j'ai créé une école où les enfants font ce qu'ils veulent, Ramïn FarhangiRamïn Farhangi, après un début de carrière comme consultant dans un univers professionnel obnubilé par la croissance et la rentabilité, a changé complètement de direction et s'est mis en recherche de modèles d'instruction en phase avec sa vision du monde.

Quelques années plus tard, en 2015, il fait partie des fondateurs de l'École dynamique à Paris, qui prend pour modèle celle de Sudbury Valley aux États-Unis. Entre les deux, il a rencontré des dizaines de personnes engagées dans des écoles alternatives ou dans des mouvements qui tentent de réinventer l'école dans différents pays. Fort de ces échanges, il choisit un modèle d'école où le désir de jeu, de découvertes et d'apprentissages est au coeur et au départ de toutes les démarches, et où les enfants choisissent librement le programme de leur journée.

C'est ce qu'il nous raconte dans ce livre et c'est passionnant.

On peut certes s'interroger, au sens premier du terme c'est-à-dire sans scepticisme mais avec l'envie de comprendre, de questionner, de débattre, de chercher...s'interroger donc, sur le caractère radical des choix posés par les fondateurs de l'École dynamique comme de celle de Sudbury Valley, son modèle : une école où les enfants font ce qu'ils veulent, n'est-ce pas très libéral, n'est-on pas en mesure de se demander si les inégalités sociales déjà renforcées par l'école en Belgique comme en France, ne le sont pas encore plus dans un système de valeurs basé exclusivement sur les libres choix individuels, en toute liberté, de chaque élève ?

Néanmoins, pour tout qui veut questionner l'école et les relations éducatives en général, ce livre est un trésor et mérite d'être lu.

Tout d'abord, pour la qualité et la clarté de la synthèse faite en début de livre par Ramïn Farhangi de ce que l'on peut reprocher, non pas aux enseignants, mais à certains ingrédients majeurs encore en vigueur dans la très large majorité des écoles françaises et belges : évaluation chiffrée ou lettrée, déclencheurs de démotivation ou de dévalorisation en tous genres, travail obligatoire, transmission "verticale" des contenus, isolement de l'environnement extérieur, etc. De quoi se remettre les idées en place sans se casser la tête.

Ensuite, pour l'enthousiasme et la sincérité qui se dégagent de ces pages. Ramïn Farhangi pense à 300 à l'heure et doit écrire presque aussi vite, porté par une vision et une soif de projets qui donne envie de le suivre ou, à tout le moins, de le comprendre ! Faisant état de son parcours, il nous raconte aussi les changements de direction, les tâtonnements.

Enfin, pour l'invitation à réfléchir que suscite le caractère radical de sa position en faveur d'une liberté complète des élèves. Quand une personne défend un point de vue si opposé aux croyances les plus répandues, c'est comme un vent d'air frais dans le cerveau qui pousse à se questionner, et à regarder les choses sous un autre angle, sans perdre son esprit critique.

Septembre 2018

Natacha

 

Nirliit, Juliana Léveillé-Trudel, La Peuplade

c1-nirliit-226x339

Un livre très personnel et très fort qui nous fait partager l'amour de cette jeune auteure québécoise pour le Nunavik, ce "grand territoire" au Nord du Québec, où elle travaille dans le domaine de l'éducation depuis plusieurs années.

Là-bas, la vie est rude et impitoyable et le plus mauvais de ce que peut apporter la civilisation semble s'abattre sur les Inuits. Et pourtant là-bas, Eva la narratrice du roman, ne peut s'empêcher de s'y rendre chaque été, le cœur rempli de rencontres et d'amour. Un roman brut et tranchant, qui préfère s'éloigner du misérabilisme, mais pas de la réalité, pour nous faire vivre la beauté âpre du Grand Nord.

Un roman, un essai, un coup de gueule saisissant et une très belle écriture!

Gregory

Paru en 2015 au Canada

 

La vraie vie, Adeline Dieudonné, L'Iconoclaste

lavraievie cvplat1bdRoman qui se dévore, au rythme soutenu et à la tension constante, La vraie vie brosse le portrait d'une famille dans laquelle la fille aînée refuse dès l'enfance d'être fataliste face à l'ambiance de terreur installée par un père malheureux. 

Enfants, la narratrice et son petit frère assistent à un accident choquant qui les traumatise, surtout le petit Gilles, dont les yeux cessent alors de sourire. Mais cet accident n'est peut-être pas le pire pour ces deux-là. Le pire est peut-être à l'intérieur de leur propre maison. Est-ce dans les yeux de la hyène empaillée ramenée par leur père d'une de ses expéditions de chasse  ?

Avec une détermination à couper le souffle, la jeune fille déploie une énergie propre à déplacer des montagnes pour rendre à son jeune frère le rire qu'il a perdu.

Adeline Dieudonné nous tient en haleine de bout en bout et déploie un très beau sens de la formule enfantine puis adolescente, nous tirant des larmes et des sourires et nous poussant à lire ce roman sans interruption, quitte à laisser brûler le steak !

A lire, incontestablement.

Nous recevons l'auteure le mardi 4 décembre à 19h30 à la librairie.

 

A son image, Jérôme Ferrari, Actes Sud

asonimage jeromeferrari actessud201808Antonia, photojournaliste d'une trentaine d'années reconvertie en photographe de mariage, meurt au petit matin dans un accident de voiture, éblouie par le soleil levant sur une route sinueuse corse. Ce huitième roman de Jérôme Ferrari revient sur la vie de cette jeune femme à travers les souvenirs des différents protagonistes qui l'ont connue et qui lui rendent un dernier hommage à son enterrement. L'homélie est longue, chantée par un choeur inspiré, et le prêtre n'est autre que l'oncle et parrain d'Antonia, celui qui lui offrit pour son quatorzième anniversaire son premier appareil photo, celui qui l'encouragea, malgré lui, à poursuivre sa route et à se rendre sur les champs de bataille en ex-Yougoslavie ou ailleurs.

Jérôme Ferrari nous propose une réflexion sur le pouvoir de la photographie, intimement liée à la mort, tout comme la guerre et la représentation du réel.  Il aborde également, comme il l'avait déjà fait avec le philosophe Oliver Rohe dans le troublant et questionnant "A fendre le coeur le plus dur" (éditions Inculte), le caractère obscène de la représentation de la violence par la photographie, des milieux autonomistes corses des années 1980-1990 à la guerre en Irak du début des années 2000, avec un plongeon dans le passé colonial de la conquête italo-turque des années 1900 et les premières photographies de cadavres ennemis... Où se situe la liberté de représenter le monde? Antonia, devenue lasse après avoir été photo-reporter de guerre, va se lancer dans les reportages photo de mariage... Quels sont les choix qu'il nous reste lorsque tout semble vain?

C'est avec beaucoup de talent que Ferrari nous emmène à la suite d'Antonia, dont on voudrait croire que cet accident n'est pas réel et qu'elle va revenir nous montrer ses trésors cachés, toutes ces photographies oubliées au fond d'une caisse en carton... Exigeant et très beau !

Catherine D.

Paru en août 2018. Existe aussi en format numérique.

 

Ma dévotion, Julia Kerninon, Rouergue

altHelen croise par hasard son meilleur ami, Frank, dans une rue de Londres. Elle ne l'a pas vu depuis dix-neuf ans, depuis qu'un tragique événement a mis fin à leurs relations. C'est l'occasion pour elle de lui raconter la véritable nature de ses sentiments à son égard, en retraçant leur vie commune depuis leur rencontre à l'âge de douze ans dans une ambassade à Rome, en passant par l'appartement qu'ils partagèrent à Amsterdam et jusqu'à leur maison dans la campagne française.

Julia Kerninon nous mène d'un bout à l'autre du récit, presque dans un souffle, de son écriture délicate et incisive. On n'a pas envie de lâcher le livre avant de savoir ce qu'il est advenu de ce duo auparavant inséparable. Un très beau roman, doux et amer à la fois, sur une amitié fusionnelle, une histoire d'amour et ses conséquences dévastatrices.

Hélène

Paru en août 2018, disponible en livre numérique.

 

La douce indifférence du monde, Peter Stamm, Bourgois

ladouceindifferencedumonde stammPeter Stamm a la plume fine et concise. Ce livre, dans lequel se mélangent les temps et dans lequel la mémoire crée des correspondances inédites, se lit avec beaucoup de plaisir et une certaine délectation vertigineuse, tant la fluidité de l'écriture nous conduit dans les curieux échos entre présent et passé.

Le narrateur raconte à une certaine Lena son histoire d'amour ancienne avec Magdalena. Les deux femmes se ressemblent comme deux gouttes d'eau.

Un livre court et très bon.

Natacha

Paru en août 2018. Traduit de l'allemand par Pierre Deshusses

 

Eden Springs, Laura Kasischke, Page à Page

altLaura Kasischke s'inspire ici d'une communauté religieuse ayant réellement existé au début du XXème siècle, en plein cœur du Michigan. Ses adeptes, vêtus de blanc, aux longs cheveux et aux longues barbes, se rassemblaient autour du charismatique Benjamin Purnell, qui leur promettait la jeunesse éternelle de leur corps après la mort. Véritable destination touristique quelques années seulement après sa création, "Eden Springs" comprenait un petit zoo, un parc d'attraction, un verger luxuriant; et se présentait presque comme un paradis sur terre... jusqu'à ce que le corps d'une jeune fille de 17 ans soit enterré en secret.

Par la voix de plusieurs personnages clés, en un court roman, l'auteure imagine les dessous de cette affaire et décrit une communauté aux allures de secte moins paradisiaque qu'il n'y paraît. Un livre troublant qu'on lit d'une traite.

Hélène

Roman inédit, paru en août 2018 et traduit de l'américain par Céline Leroy. Existe aussi au format numérique.

 

Roissy, Tiffany Tavernier, Sabine Wespieser

roissy tavernierVous ne verrez plus jamais un aéroport de la même manière après avoir lu ce livre !

Une femme erre dans l'aéroport de Roissy, sa mémoire flanche, pourquoi est-elle là ? Qu'a-t-elle commis pour en arriver là ?

C'est la débrouille, de même que pour des sans-abris venus y chercher un refuge.

Elle s'invente des vies, des destinées, se trouve toujours en partance pour un futur inventé.

Puis, elle rencontre Luc, qui vient tous les jours à l'arrivée du Rio-Roissy, qui revit l'attente de sa femme, jamais arrivée à destination  !

Âmes perdues en survie, en reconstruction.

Un très bon roman, une intrigue originale, une belle plume.

Véronique

 

Isidore et les autres, Camille Bordas, Inculte

altIsidore, onze ans, est le dernier d’une fratrie de surdoués. Ses frères et sœurs aînés sont sur le point de décrocher qui un doctorat, qui deux maîtrises simultanées, ou de composer une symphonie. L’avant-dernière, quatorze ans, est en terminale et prévoit de devenir un grand écrivain. D’ailleurs, Isidore, avec qui elle partage sa chambre, est prié de se mettre à rassembler le matériau pour sa biographie.

Il n’a, quant à lui, jamais sauté de classe, et n’est au demeurant pas très intéressé par l’école. Terre à terre, il se consacre plutôt à essayer de lier des amitiés (avec la correspondante délaissée de sa sœur, ou avec la jeune fille dépressive et désabusée qui passe les récrés à nourrir les pigeons), de comprendre comment fonctionne le monde, ou de fuguer pour partir à l’aventure. Isidore remarque des choses que sa famille ne voit pas, il pose des questions sur ce qui l’entoure tandis que ses aînés préfèrent se taire que d’admettre leur ignorance.

Lorsqu’un drame survient inopinément, Izzie/Dory devient le lien invisible entre ses frères et sœurs et leur mère, les encourageant à exprimer ce qu’ils ressentent et à faire face au monde.

Isidore et les autres est une belle fresque familiale, touchante et souvent drôle. Une excellente surprise pour cette rentrée littéraire.

Hélène

Paru en août 2018. Aussi disponible au format numérique.

 

Dix-Sept ans, Eric Fottorino, Gallimard

dixseptans fottorinoJe suis devenu écrivain parce que je ne savais pas qui j'étais.

Eric Fottorino, privé de son père naturel, imagine sa mère, Lina, 17 ans, jeune fille insouciante et amoureuse, déambulant dans la ville de Nice où elle allait mettre au monde son petit garçon.

Pourquoi ce mal-être dans sa relation avec sa mère ?

Je ne comprenais pas ces sautes d'humeur, ces sautes d'amour.

Quand Lina raconte à ses fils un secret, une blessure béante, impossible à cicatriser, une fenêtre s'ouvre, qui éclaire d'un jour nouveau un passé enfoui et qui conduit à une réconciliation.

Eric Fottorino livre ce récit très personnel dans une langue magnifique.

Véronique

 

La Belle de Casa, In Koli Jean Bofane, Actes Sud

labelledecasa bofaneRevoici la plume acide, caustique, drôle et tragique de In Koli Jean Bofane. Ce nouveau roman nous entraîne au Maroc dans les pas du jeune Sese et de la belle Ichrak qui attaquent tous les deux la vie à pleine dents. Sese est un jeune Congolais qui, en fuyant le Congo, fut berné par son passeur qui le débarqua à Casablanca au lieu de le mener jusqu’en Normandie comme prévu. Qu’à cela ne tienne, c’est là-bas, au Maroc, qu’il va rouler sa bosse et nouer de nouvelles relations. Ichrak est une jeune Marocaine d’une grande beauté qui est aussi mystérieuse que débrouillarde. Elle intrigue le lecteur et les personnages secondaires du roman, elle manipule son entourage avec force alors qu’au fond, elle souffre de profondes blessures.

Tissé comme un polar, ce nouveau livre de In Koli Jean Bofane se dévore et surprend. Il nous emmène à nouveau en Afrique et sur les routes de l’exil que ses personnages empruntent. Terriblement actuel, ce roman est pourtant également universel et atemporel tant il questionne de multiples thèmes qui ont toujours traversé notre monde (les liens familiaux, les rapports homme/femme, les inégalités sociales, les migrations et le déracinement).

Bofane a l’art de parler du tragique avec humour, de dépeindre ce qui est désespérant comme ce qui est palpitant. Si vous ne le connaissez pas, c’est un auteur à découvrir assurément. Si vous avez déjà eu la chance de le lire, vous retrouverez avec plaisir son style et son art de raconter des histoires.

Nous recevons l'auteur le mardi 25 septembre à 19h30 à la librairie.

Catherine M.

Août 2018. Existe aussi en format numérique.

 

Asta, Jon Kalman Stefansson, Grasset

asta stefanssonAvec son nouveau roman, Jon Kalman Stefansson nous emporte dans son univers à la fois âpre et poétique, sauvage et beau, à l’image de son pays, l’Islande. Comme dans ses précédents romans, l’histoire d’une famille nous est racontée dans un récit construit comme un puzzle, voyageant entre plusieurs lieux et époques, depuis les années 1950 jusqu’au début du XXIe siècle. 

Sigvaldi et Helga se rencontrent dans les années 1950 à Reykjavik, vivent une passion brûlante et de leur union, naîtront deux filles, dont Asta, la cadette. Mais Helga est instable, attirée par la nuit et l’alcool, et abandonne sa famille. Sigvaldi ne peut assumer seul la charge des jeunes enfants et les confie : Asta sera recueillie par Steïnvor, une nourrice, qui lui donnera tout son amour. Malgré la tendresse de sa vieille nourrice, Asta se perd à l’adolescence et sera envoyée le temps d’un été, dans une ferme isolée dans les landes islandaises, en compagnie d’un autre adolescent, Josef. Une rencontre qui marquera la suite de son existence. 

Voici les grandes lignes de ce récit qui parle d’amour, de la recherche du bonheur, de la mort, de la vie. (Rien que ça...) Stefansson nous livre aussi une description de son pays, son évolution sociale et économique sur plus d’un demi-siècle, la rudesse de son climat, la beauté de ses paysages. Asta est une saga à l’islandaise narrée par la voix si singulière de Stefansson, dans une prose poétique à la grande puissance évocatrice. Un texte magnifique à découvrir.

Delphine

Paru en août 2018, traduit de l'islandais par Eric Boury. 

 

Moi, ce que j'aime, c'est les monstres, Emil Ferris, Monsieur Toussaint Louverture

moicequejaimecestlesmonstres ferrisPhénomène éditorial très attendu du neuvième art, puisque ce roman graphique fraîchement paru en français a été récompensé Outre-Atlantique par de nombreux prix et salué par les plus grands de la BD (le culte Art Spiegelman en tête), ce livre n’en est pas moins un OVNI littéraire. Pavé de 400 pages entièrement dessiné au stylo bille avec une virtuosité à couper le souffle, le livre se présente comme le journal intime d’une jeune fille, Karen Reyes, dans le Chicago des années 60. 

Karen, fillette singulière intimement convaincue d'être un loup-garou, est passionnée de dessin et fascinée par les monstres dont elle dévore les histoires dans les fanzines d’horreur ou sur le petit écran dans des films dégoulinants d’hémoglobine. Marginale, Karen n’a pas beaucoup d’amis à l’école mais est entourée de la tendresse de sa maman et de son grand frère, artiste lui aussi. Sa vie bascule quand on retrouve morte sa voisine d’immeuble et son amie, Anka, atteinte d’une balle en plein cœur, suicidée ou assassinée. La jeune fille décide alors de mener sa propre enquête en faisant ressurgir le passé trouble de cette Anka rescapée de l’Allemagne nazie. 

La narration de ce livre est complexe, dense, mais on s’y retrouve toujours, malgré les nombreuses digressions, ou les retours dans le passé d’Anka. Karen nous embarque dans son récit, son ton est à la fois touchant et enjoué, comme celui d’une enfant qui révélerait tous ses secrets à son journal. Le récit est passionnant de bout en bout, palpitant et nous fait découvrir peu à peu que les monstres ne sont pas toujours ceux qu'on croit…

Emil Ferris signe une oeuvre importante, vraiment surprenante, à la fois polar, drame familial et témoignage historique. Un roman graphique particulièrement original à l’ambiance singulière qui fera encore couler beaucoup d’encre. Et quand on sait qu’il a fallu six ans à l’auteure pour arriver au bout de son œuvre, et beaucoup de courage (elle est atteinte d’une maladie provoquant une forme de paralysie), on ne peut que saluer l’exploit artistique. Seul regret : il faudra attendre le second tome pour lire le dénouement de cette histoire passionnante… Enorme coup de coeur !

Delphine

Paru en août 2018.

moicequejaime interieur

 moicequejaime interieur3

 

 

Ça raconte Sarah, Pauline Delabroy-Allard, Minuit

aracontesarah delabroy-allardUne passion dévorante lie la narratrice à Sarah, musicienne hyperactive, rieuse, vivante et folle. Leur histoire d'amour fusionnelle et déchirante les épuise puis s'interrompt soudainement et, peu de temps après, Sarah révèle à son ex-amante qu'elle est atteinte d'une maladie grave. 

La raison de la narratrice tangue et bascule. 

Pauline Delabroy-Allard parvient à nous accrocher, à nous embarquer dans cette histoire qui prend pourtant sa source dans le thème intemporel et parfois éculé de la passion amoureuse. C'est la très belle qualité de l'écriture qui nous retient et traduit brillamment les ressorts merveilleux et destructeurs de ce qui paraît d'abord un pur enchantement puis dévore de l'intérieur. 

Un très bon roman qui se lit d'une traite. 

Natacha 

Paru en septembre 2018. 

 

 

Le Mars Club, Rachel Kushner, Stock

altLe livre s'ouvre sur le récit d'un transfert, celui d'une maison d'arrêt à une prison pour femmes en Californie. Romy Hall vient d'être condamnée pour le meurtre d'un client qui la harcelait, pour lequel elle a écopé de deux peines à perpétuité, plus six ans. On suit dès lors son quotidien derrière les murs de cet établissement pénitencier, où la brutalité est loi, tout en remontant le fil de sa vie. De la banlieue pauvre de San Francisco où elle a grandi, au Mars Club où elle a dansé pendant plusieurs années avant d'être contrainte de fuir la ville avec son fils, son récit nous hypnotise. Il révèle une jeune femme intelligente et débrouillarde, tout à la fois maîtresse de sa vie et victime d'un système défaillant.

Hélène

Traduit de l'américain par Sylvie Schneiter, paru en août 2018. Existe aussi au format numérique.

 

Un monde à portée de main, Maylis de Kerangal, Verticales

unmondeportedemain maylisdekerangal verticalesPaula, Kate et Jonas se rencontrent à Bruxelles, dans une école artistique qui forme des peintres décorateurs, maîtres de l'illusion des matières. C'est l'occasion pour Maylis de Kerangal de nous emporter dans ce monde particulier du trompe l'oeil, qu'elle décrit de sa plume virtuose et habitée. Roman d'apprentissage, Un monde à portée de main nous invite à suivre l'évolution et l'émancipation de Paula, jeune femme un peu paumée qui va se révéler à elle-même au fil des pages et au gré de ses expériences professionnelles qui la feront passer par Cinecittà, avant d'intégrer l'équipe artistique chargée de la réalisation de Lascaux IV.

Voici un très beau roman, sensible et esthétique !

Catherine D.

Paru en août 2018. Existe aussi en format numérique.

 

Le coeur converti, Stefan Hertmans, Gallimard

hertmans stefan couv le coeur convertiQuelques années après son roman Guerre et térébenthine, nous retrouvons avec un grand plaisir la plume de l'écrivain flamand Stefan Hertmans, dans le très beau roman Le cœur converti, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin.

Le livre s'ouvre à Monieux, dans le Vaucluse, où l'auteur séjourne une partie de l'année. Ce petit village paisible et tranquille du sud de la France a été pendant le Moyen-Age le lieu d'un terrible pogrom. Intrigué par l'étrange histoire de l'endroit, Hertmans enquête et découvre l'histoire de la belle Vigdis, une jeune femme issue de la bourgeoisie catholique, qui, par amour, renonce à la vie confortable que sa famille pouvait lui offrir. Elle devient une fugitive, parcourt toute la France, se cache, se convertit, aime, enfante, reconstruit de nouvelles relations, et fuit encore et encore. 

L'auteur dresse aussi le portrait d'une époque assez méconnue, époque violente et sombre en Europe. Un temps où l'intolérance religieuse est de mise. Tout en étant très documenté, ce livre est pourtant un vrai roman, on vibre avec Vigdis et David, on fuit avec eux, on tremble que leurs poursuivants approchent d'un village où ils se sont réfugiés.

C'est à nouveau un grand roman que Stefan Hertmans nous propose ici. Il nous plonge dans une époque avec originalité car il nous raconte en parallèle l'histoire de ces deux amoureux en plein Moyen Age et l'histoire de sa propre enquête sur leurs traces à travers l'Europe (et jusqu'aux portes du Maghreb).

Par en août 2018. Traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin.

Nous recevons l'auteur le mardi 27 novembre à 19h30.

 

 

Arcadie, Emmanuelle Bayamack-Tam, P.O.L.

arcadie bayamack-tamArcadie est un roman un peu fou, un peu déjanté, à la verve truculente. Mené tambour battant, il nous offre le portrait d'une communauté libertaire et végétarienne (pour faire simple) qui accueille les blessés de la vie en tous genres. C'est aussi l'histoire de la narratrice, Farah, qui y vit depuis ses 6 ans.

Gorgée de nature et de liberté, Farah se construit et se cherche dans cet univers si particulier qui gravite autour de la figure lumineuse et charismatique d'Arcady, quinquagénaire "même pas beau" mais irradiant d'un pouvoir d'attraction sublime aux yeux de la fillette qui devient adolescente. Dotée d'un physique hors normes, elle doit s'émanciper, se forger une identité qui finira par faire d'elle une jeune personne rayonnant à son tour d'un charisme unique.

Il est question de sexe, de frontières, de migrants, d'utopie, de contradictions, de pastèques et d'électrosensibilité. Et d'amour !

On retrouve avec plaisir l'humour d'Emmanuelle Bayamack-Tam, son enthousiasme verbal, celle d'une auteure qui n'a peur de rien. Le livre est prenant, atypique, touchant et drôle. Plaisir et même jubilation au rendez-vous ! 

Nous recevons l'auteure le samedi 26 janvier 2019 à 15h30.

Natacha

Août 2018.

 

 

Le Lambeau, Philippe Lançon, Gallimard

lelambeau philippelanon avril2018Le récit, magnifique, que nous livre Philippe Lançon est d'une beauté à couper le souffle. A ceux qui y chercheraient du sensationnel, passez votre chemin. Ce texte, qui raconte la reconstruction d'un homme "mort" dans les attentats de Charlie Hebdo (janvier 2015), ne tombe jamais dans le pathos, ni dans la haine de l'autre, ni dans le narcissisme. Par contre, on y croise des femmes et des hommes exceptionnels, on y côtoie Proust, Kafka, Velasquez, Bach et les autres. Philippe Lançon nous offre une leçon d'humanité et un chef d'oeuvre de douceur, de solitude et d'(im)pudeur. 

Catherine D.

Paru en avril 2018. Existe aussi au format numérique.

 

Après Gerda, Pierre-François Moreau, Les Editons du Sonneur

apresgerda pierrefrancoismoreau editionsdusonneur avril2018Robert Capa, photographe-reporter, a 23 ans quand sa compagne, Gerda Taro, photographe elle aussi, est tuée à Brunete lors de la guerre d'Espagne. Pierre-François Moreau retrace les semaines qui ont suivi la perte de celle qu'il aimait, ce deuil que Capa entamera en partant à New-York et en y retrouvant ses amis, sa famille, en y cherchant du travail comme photographe, en noyant son désespoir dans l'alcool et les nuits sans fin... Et puis, ce sera la réalisation d'un livre hommage aux photos prises par Taro, intitulé "Death in the Making" et conçu avec André Kertész, qui évoque la guerre civile qui ravage l'Espagne des années 1936-1937. Ce livre mêle la petite et la grande histoire, l'histoire d'amour du couple Capa-Taro et leur collaboration pour la cause révolutionnaire et l'histoire de l'Europe tout au long de ces années de violences et de troubles qui influencèrent durablement l'avenir du monde. Une lecture intéressante et touchante pour tous les amateurs de photographie !

Catherine D.

Paru en mai 2018. Existe aussi au format numérique.

 

Sur la piste animale, Baptiste Morizot (Préface de Vinciane Despret), Actes Sud Nature

surlapisteanimale baptistemorizot actessud mondessauvagesBaptiste Morizot, philosophe-pisteur, nous invite à sa suite sur la piste de grands prédateurs comme le loup, le grizzly ou encore la panthère des neiges. Et ce faisant, en "s'enforestant" (autrement dit, "en portant son attention sur le vivant simultanément autour de nous et en nous, et apprendre à cohabiter avec lui"), nous sommes conviés à repenser notre rapport au vivant, à nous replacer dans les écosystèmes, alors que nous avons habituellement tendance à nous placer à la pointe de la pyramide du vivant... A l'ère du véganisme et de l'anti-spécisme, cette lecture est fascinante et très enrichissante sur notre rapport au monde !

Catherine D.

Paru en avril 2018, collection Mondes Sauvages chez Actes Sud Nature. Existe au format numérique.

 

Platine, Régine Detambel, Actes Sud

platine reginedetambel mai2018Platine, c'est la biographie romancée du premier sex-symbol du cinéma, dans les années 20 à Hollywood. Régine Detambel nous emmène sur les traces tragiques de Jean Harlow, morte à 26 ans dans la douleur, physique et morale, alors qu'elle crevait l'écran dans des seconds rôles d'écervelée, de pouffe ou de danseuse sans rien dans le cerveau... La poitrine généreuse, la chevelure d'ange phosphorescente, la bouche en coeur, Jean Harlow fut une étoile filante qui a montré la voie à une certaine Marilyn Monroe et qui n'a eu de cesse de tenter de prendre le contrôle de ce corps qui lui a tout permis, mais qui lui a aussi apporté son lot d'humiliation, d'abus et de mépris. Evocation éclatante, charnelle et féministe d'une "blonde" cinématographique!

Catherine D.

Paru en mai 2018. Existe aussi au format numérique.

 

Dans Khartoum assiégée, Etienne Barilier, Phébus

dans-khartoum-aiegeeL'aventure épique d'un héros atypique, le général anglais Charles Gordon, chargé en 1884 par le gouvernement anglais de défendre Khartoum des soldats du Mahdi, ce dernier prônant le retour à un islam radical (les dirigeants actuels du Soudan se prévalent par ailleurs de son idéologie). Le temps du siège de la ville, on y suit la vie des derniers Européens qui, pour des raisons diverses, n'ont pas voulu quitter la ville et tentent de survivre, voire de trouver du sens, à leur présence dans ce climat harassant de menace perpétuelle -et à une probable victoire des assaillants. Basé sur un épisode historique réel, ce roman est admirablement servi par la plume féconde d'Etienne Barilier.

Gregory R.

Paru en juin 2018

 
<< Début < Précédent 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivant > Fin >>

Page 1 sur 17