Librairie Papyrus

"A travers les feuilles d'un bon livre, on pourra entendre un écho qui ressemble au bruit des forêts." Henry David Thoreau

   

Moi, ce que j'aime, c'est les monstres, Emil Ferris, Monsieur Toussaint Louverture

moicequejaimecestlesmonstres ferrisPhénomène éditorial très attendu du neuvième art, puisque ce roman graphique fraîchement paru en français a été récompensé Outre-Atlantique par de nombreux prix et salué par les plus grands de la BD (le culte Art Spiegelman en tête), ce livre n’en est pas moins un OVNI littéraire. Pavé de 400 pages entièrement dessiné au stylo bille avec une virtuosité à couper le souffle, le livre se présente comme le journal intime d’une jeune fille, Karen Reyes, dans le Chicago des années 60. 

Karen, fillette singulière intimement convaincue d'être un loup-garou, est passionnée de dessin et fascinée par les monstres dont elle dévore les histoires dans les fanzines d’horreur ou sur le petit écran dans des films dégoulinants d’hémoglobine. Marginale, Karen n’a pas beaucoup d’amis à l’école mais est entourée de la tendresse de sa maman et de son grand frère, artiste lui aussi. Sa vie bascule quand on retrouve morte sa voisine d’immeuble et son amie, Anka, atteinte d’une balle en plein cœur, suicidée ou assassinée. La jeune fille décide alors de mener sa propre enquête en faisant ressurgir le passé trouble de cette Anka rescapée de l’Allemagne nazie. 

La narration de ce livre est complexe, dense, mais on s’y retrouve toujours, malgré les nombreuses digressions, ou les retours dans le passé d’Anka. Karen nous embarque dans son récit, son ton est à la fois touchant et enjoué, comme celui d’une enfant qui révélerait tous ses secrets à son journal. Le récit est passionnant de bout en bout, palpitant et nous fait découvrir peu à peu que les monstres ne sont pas toujours ceux qu'on croit…

Emil Ferris signe une oeuvre importante, vraiment surprenante, à la fois polar, drame familial et témoignage historique. Un roman graphique particulièrement original à l’ambiance singulière qui fera encore couler beaucoup d’encre. Et quand on sait qu’il a fallu six ans à l’auteure pour arriver au bout de son œuvre, et beaucoup de courage (elle est atteinte d’une maladie provoquant une forme de paralysie), on ne peut que saluer l’exploit artistique. Seul regret : il faudra attendre le second tome pour lire le dénouement de cette histoire passionnante… Enorme coup de coeur !

Delphine

Paru en août 2018.

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