Librairie Papyrus

"A travers les feuilles d'un bon livre, on pourra entendre un écho qui ressemble au bruit des forêts." Henry David Thoreau

   

Les buveurs de lumière, Jenni Fagan, Metailié

altDylan est un géant tatoué qui a grandi dans un petit cinéma d'art et d'essai. Après la mort de sa mère et de sa grand-mère, et alors que le climat se refroidit de jour en jour, il quitte Londres pour rejoindre la caravane que la première lui a laissé, tout au Nord de l'Écosse. Là, il fait la connaissance de ses voisines: Constance, une femme solitaire et débrouillarde, parée pour cette nouvelle ère glaciaire qui s'annonce, et sa fille adolescente, Stella. En leur compagnie, Dylan fréquente les différents personnages qui peuplent ce drôle de petit village situé entre mer et montagne, d'où l'on peut voir un iceberg venu de Scandinavie se rapprocher des côtes, lentement mais inexorablement. Et cette ombre d'incertitude qui plane sur leur avenir amène les protagonistes à se concentrer sur leurs histoires familiales - le deuil, la filiation, le rejet, tout en resserrant leurs liens pour s'entraider et se protéger.

Jenni Fagan nous offre ici un roman lumineux aux personnages attachants, dont la lecture donne envie de se pelotonner au chaud tandis qu'une épaisse couche de neige tombe silencieusement.

Hélène

Paru en août 2017, existe aussi au format numérique.

 

Les Vacances, Julie Wolkenstein, POL

altC'est un moment dans la vie, c'est un retour, pour la narratrice, aux sources de son enfance, oubliées, enfouies dans sa mémoire.

Le nouveau livre de Julie Wolkenstein retrace la rencontre de deux chercheurs, Paul et Sophie, comme dans Les vacances de la comtesse de Ségur. Paul et Sophie s'intéressent justement à l’œuvre de Ségur et à l'adaptation, par le cinéaste Eric Rohmer, des Petites filles modèles, film qui n'a jamais vu le jour.

Un livre savoureux écrit par une plume légère et enjouée.

Véronique

Paru en août 2017, aussi disponible au format numérique.

 

Planète végane, Ophélie Véron, Marabout

altOphélie Véron, chercheuse en sciences sociales et auteure du blog Antigone XXI, nous propose ici un ouvrage ultra-complet sur le véganisme et toutes les facettes de ce mode de vie. Les aspects philosophiques, politiques et historiques sont abordés en première partie de l'ouvrage, tandis que la seconde partie est consacrée aux aspects plus pratiques: l'alimentation, la consommation (habillement et autres), les loisirs... Véron répond avec beaucoup de sagesse aux "pourquoi?" et aux "comment?" du véganisme, ce qui donne un excellent guide pour les "débutants", mais aussi pour les simples curieux et curieuses.

Hélène

Paru en mai 2017. Aussi disponible au format numérique.

 

Surface de réparation, Olivier El Khoury, Noir sur Blanc

surface de reparationVoilà un livre drôle, déroutant, désabusé, surprenant, ironique, voire cynique... bref un bouquin qu'on aime.

Dans ce roman, Olivier El Khoury nous dépeint le portrait d'un jeune en route vers l'âge adulte. Les réflexions du jeune "héros" de Surface de réparation oscillent entre celles d'un adolescent fatigué de devoir se construire une image aux yeux de son entourage et des pensées plus philosophiques sur la vie et le monde. Fan du club de Bruges, le narrateur n'est ni pour Anderlecht, ni pour le Standard, il n'est ni un Rouche, ni un Mauve.. mais il est quoi alors ? Il n'est pas tout à fait adulte, plus tout à fait enfant, il est entre deux. Il fait des études mais ne sait tout à fait pourquoi... Et finalement, est-ce un problème ? Faut-il toujours un fil conducteur clair dans une vie ?

Comme le héros du livre, on déambule dans ce roman, à travers des chapitres qui nous font voyager, qui sont parfois sans queue ni tête et c'est très bien ainsi. La plume est fluide, belle, tantôt rude, tantôt poétique.

Premier roman d'un auteur d'origine namuroise, Surface de réparation est une belle réussite et le nom d'Olivier El Khoury est assurément à retenir pour suivre la suite de ses aventures en littérature.

Catherine M

Paru en août 2017. Existe aussi au format numérique

 

Éléphant, Martin Suter, Christian Bourgois

elephantAvec Éléphant, Martin Suter nous plonge dans une histoire de développement scientifique aussi palpitante qu’inquiétante, le tout sur fond de chronique sociale du Zürich d'aujourd'hui. En effet, une bonne partie des personnages de l'histoire sont issus de la rue et n'en sont pas moins des héros. L'auteur nous raconte leur quotidien, la débrouille pour trouver une planque sans être vu des autres, l'ennui de la journée qu'on comble à coup de canettes, de rencontres et de verres partagés. 

Schosch, SDF depuis neuf ans, fait un soir une rencontre bien mystérieuse qui va bouleverser sa vie. Alors qu'il rentre "chez lui", une grotte bien cachée par des buissons en contrebas d'une route peu fréquentée, il lui semble apercevoir un petit éléphant rose... Il attribue cette première rencontre aux effets de l'alcool. Mais le lendemain, quand il découvrira les bouses d'éléphant et apercevra à nouveau l'animal, le doute n'est plus permis. Picole ou pas, l'éléphant est bien là... Valérie, vétérinaire des animaux de la rue, va l'aider à comprendre d'où vient cet étrange animal et surtout comment le soigner. Parallèlement, les scientifiques à l'origine de la naissance de cette créature n'ont qu'une idée en tête, remettre la main sur cet éléphant qui pourrait les rendre richissimes et célèbres. Schosch, Valérie et Kaung, un cormac birman qui a accompagné la naissance de l'éléphanteau, ne voient pas ça d'un bon œil et vont tout faire pour protéger le petit animal.

Construit avec beaucoup d'humour et de rythme, ce roman se dévore, on s'attache aux personnages, on en apprend beaucoup sur les éléphants et la condition animale. Et on passe un super moment de lecture. 

Catherine M

Paru en août 2017. Traduit de l'allemand par Olivier Mannoni. Existe aussi en format numérique

 

Mercy Mary Patty, Lola Lafon, Actes Sud

mercy-mary-patty lolalafon actessudMercy, Mary et Patty, ou trois jeunes femmes qui ont osé défier la société bien-pensante dans laquelle elles ont été éduquées pour rallier la cause de ceux qui les ont kidnappées : les deux premières au XVIIe et XVIIIe siècle, la troisième au XXe siècle. Et c’est autour de cette dernière que les recherches menées par Gene Neveva, professeure universitaire américaine exilée pour un an dans les Landes françaises, et Violette (rebaptisée Violaine), son assistante française, vont se focaliser. Patty, pour Patricia Hearst, cette héritière de 18 ans qui sera enlevée par un groupuscule révolutionnaire en février 1974 et qui va progressivement embrasser leurs idéaux, jusqu’à manier les armes lors d’un braquage quelques semaines plus tard. En cavale, elle sera finalement arrêtée en 1975 et, en prévision du procès, les avocats du clan Hearst vont chercher à s’entourer de spécialistes en tous genres, dont Gene Neveva, avec la mission toute délicate de prouver que Patty (devenue Tania au sein du groupuscule) a subi un lavage de cerveau et qu’elle est victime du syndrome de Stockholm. C’est avec le regard tendre et naïf de Violaine que Neveva va revisiter toute cette affaire, cette même Violaine/Violette dont la vie va être à tout jamais bouleversée par cette quinzaine vécue en-dehors du temps. Les conclusions de Gene Neveva sont fortement attendues dans ce procès, car elle-même a tourné le dos à l’establishment et a acquis une certaine célébrité dans son pays…

Dans ce nouveau roman qui mêle subtilement réalité et fiction, il est question de rencontres, de liberté et d’emprisonnement, et à travers ces trois, voire six personnages féminins (féministes ?) réels et fictionnels, Lola Lafon questionne habilement les conséquences de l'anti-conformisme et les peurs qui l'accompagnent, cette crainte à l'encontre de celles qui défient les lois "naturelles" et qui va mener la petite fille riche devant un tribunal sans savoir précisément de quelle nature est son crime, puisque la seule revendication de Patricia Hearst était sa soif de liberté… Grâce à cette lecture, notre connaissance de cet épisode qui a marqué l’adolescence des jeunes Américain-e-s s’en trouve enrichie et on a envie de mener ses propres recherches pour comprendre à quel moment tout bascule, ce point de non-retour qui nous fait tourner le dos à nos origines et à notre vie d’avant. Fascinant, ce roman à voix multiples met en lumière de façon singulière et percutante ces destins de femmes libres, qui ont traversé les siècles, et qui continuent de questionner la condition féminine actuelle.

Catherine D.

Paru en août 2017. Aussi disponible en format numérique.

 

Les fils conducteurs, Guillaume Poix, Verticales

lesfilsconducteurs poixGuillaume Poix, jeune dramaturge français, signe un premier roman saisissant. D'une langue acérée et inventive, il nous plonge dans le monde apocalyptique des décharges de produits électroniques à Accra, au Ghana.

Partant d'une réalité connue et malheureusement authentique, l'auteur nous propose de faire connaissance avec Isaac, Moïse et Jacob qui, du haut de leurs jeunes années, vivent de la "fouille" de la décharge à ciel ouvert, celle qu'on nomme "La Bosse". Histoire de gagner quelques "cetis" (monnaie ghanéenne), de survivre surtout. Mais ils ne sont pas dupes et savent que la survie ne sera que de courte durée car l'inhalation des produits toxiques les tue à petit feu. On y rencontrera aussi Thomas, jeune photographe franco-helvète idéaliste, venu sur place pour réaliser un reportage photographique, et dont le chemin va croiser celui des garçons. 

Les trois jeunes Ghanéens créent des liens, travaillent en équipe, s'entraident. Parlent le langage argotique de la Bosse, propre à ses adeptes, et particulièrement savoureuse. Il y aura même quelques moments de grâce comme ce match de foot organisé vaille que vaille sur la décharge, avec une pelote de fils conducteurs en guise de balle...

Mais les destins de ces personnages de fiction sont rattrapés par la noirceur de la réalité. Celle que nous décrit Guillaume Poix est d'autant plus écoeurante qu'elle est le résultat d'une surconsommation électronique dont notre société est responsable : obsolescence programmée, cynisme du monde occidental qui rejette sur le continent africain les déchets qui l'encombrent et refuse d'ouvrir les yeux sur les conséquences terribles de ces pratiques, rien ne nous sera épargné. Jusqu'à la chute, vertigineuse, où nous plongeons encore plus loin dans l'horreur. 

Les fils conducteurs marque par son écriture au vitriol, nous happe et laisse des traces certainement profondes. Une lecture parfois difficile, douloureuse mais forte. Qui nous traverse comme une décharge électrique.

Delphine

Paru en août 2017. Existe aussi au format numérique.

 

Notre vie dans les forêts, Marie Darrieussecq, P.O.L.

altLe nouveau roman de Marie Darrieussecq raconte une cavale: celle d'un groupe de personnages, certains en double exemplaire, certains un peu déglingués, tous habités par la volonté de détruire ce qui les a amenés là, pour tout recommencer. Marie, la narratrice, était psychologue. Elle raconte comment elle s'est retrouvée dans la forêt, les rencontres qu'elle a faites et qui lui ont ouvert les yeux sur ce monde où les corps n'appartiennent pas à qui on pourrait le croire, mais où les âmes luttent. L'écriture est franche, concise et nous tient en haleine jusqu'au bout.

Une chouette lecture, un peu dystopique, un peu décalée, qui nous rappelle (en plus trash) Auprès de moi toujours d'Ishiguro.

Hélène

Paru en août 2017. Aussi disponible en livre numérique.

 

La chambre des époux, Éric Reinhardt, Gallimard

reinhardtchambreepouxLa chambre des époux est un livre d'une infinie richesse. Il aborde avec douceur, et avec l'intelligente finesse qui caractérise Éric Reinhardt, la cruauté de l'irruption de la maladie dans une histoire d'amour au long cours, une histoire de couple. Et c'est un coup de projecteur porté sur l'amour et sur la vie que l'auteur nous offre en racontant le cancer et la lutte pour la guérison.

Il nous offre aussi le portrait d'un narrateur dont l'amour semble parfait, il se rêve comme chacun voudrait se rêver face à l'épreuve et sans pourtant faire l'impasse sur les réalités les plus crues qui traversent la relation amoureuse, que la maladie y fasse irruption ou pas.

Au fil de la lecture, nous nous interrogeons : qu'est-ce qui est le plus vrai ? La réalité de l'évènement, ou le roman que l'on s'en raconte ?

Récit avec un roman caché dedans, à moins que ce soit un roman dans un roman, La chambre des époux bouleverse, décode, donne à penser, nous présente un miroir et nous brûle par sa sincérité, réinvente la vie, nous fait rire et pleurer : de la littérature, tranchante et splendide.

Natacha

Parution le 17 août 2017. Existe aussi en format numérique.

 

La salle de bal, Anna Hope, Gallimard, Du monde entier

hopesalledebalAnna Hope nous avait conquis avec son premier roman, Le chagrin des vivants, tissage inventif de trois vies de femmes après la guerre de 1914. Elle s'intéresse ici à nouveau au début du XXème siècle dans ce deuxième roman charmant, dramatique et documenté, et nous emmène en 1911, dans l'asile de Sharston. 

Charles est un jeune médecin musicien en quête de reconnaissance. John, un interné irlandais fort comme un boeuf et taciturne. Ella, jeune oiseau féroce et avide de liberté, a été internée dans l'aile des femmes parce que, au travail depuis son enfance dans une filature dure et bruyante, elle a un jour cassé une vitre, pour faire entrer l'air et la lumière.

Dans l'asile de Sharston, ces trois-là vont se rencontrer avec en toile de fond l'histoire de la psychiatrie qui se cherche, qui dérape, considère les internés comme des "dégénérés" qui "menacent la société de décrépitude" et tâtonne sur la meilleure solution : ségrégation entre hommes et femmes ou stérilisation ? Or il se trouve qu'à Sharston, hommes et femmes quittent leurs ailes respectives une fois par semaine pour se retrouver à la salle de bal et danser sous le regard des soignants.

Plongez dans cette très belle histoire, fluide et agréable à lire.

Parution le 17 août 2017, traduit de l'anglais par Élodie Leplat. Existe aussi en format numérique.

 

Marshall - Le mur du son, Nick Harper, Hachette

altQuel est le titre d'album le plus long de tous les temps? Quelle profession exerçait Mick Jagger avant que les Rolling Stones ne décollent? Comment Jack White prépare-t-il son guacamole? Quelles chansons rock sont les plus diffusées aux enterrements? Quel était le premier nom de scène des Red Hot Chili Peppers?

Si ces questions vous ont un jour taraudé, Marshall (du nom des fameux amplis) en a compilé les réponses dans un super petit livre sorti en février dernier. "Le mur du son" alterne anecdotes historiques, portraits de rockers aimant jouer fort et détails plus techniques sur le son, le tout présenté de façon très attrayante. Un must pour les fans de rock'n'roll!

Hélène

Marshall - Le mur du son. Recueil de vérités musicales essentielles et disparates, paru en février 2017 chez Hachette, €16,85

 

Le coeur sauvage, Robin Mc Arthur, Albin Michel

coeur sauvageRobin Mac Arthur, auteure et chanteuse américaine, signe un magnifique recueil de nouvelles qui nous plonge dans l’Amérique rurale.

Les personnages dépeints vivent au plus proche de la nature, par choix parfois, souvent par nécessité, car la vie ne leur a pas donné autre chose. On les découvre dans leur quotidien, au bord d'une forêt, dans les champs et les rivières du Vermont. L'auteur ne nous dévoile qu'un petit coin de leurs vies, un fragment qui nous donne à chaque fois l'envie de poursuivre la route avec les femmes, les hommes, les familles présentés dans ces nouvelles.

On sent la roche, la lumière du soir, l'eau glacée des lacs, l'odeur des champs coupés dans les mots de Robin Mac Arthur. On perçoit la mélancolie, la solitude, l’âpreté de la vie sauvage, mais aussi la liberté que cette existence marginale et loin des villes permet. Chaque nouvelle est un mystère qui nous laisse rêveur sur le devenir des êtres rencontrés. Seront-ils couper les liens qui les tiennent attacher au Vermont ? Seront-ils plus heureux ailleurs? L'exil vaut-il mieux que les racines? 

Catherine M

Paru en mai 2017. Traduit de l'américain par France Camus-Pichon. Existe aussi en format numérique

 

L'été des charognes, Simon Johannin, Allia

ete des charognesDans ce premier roman aussi beau que cruel, nous partons à la rencontre d'un jeune enfant/adolescent en route vers l'âge adulte. Il nous raconte son quotidien dans une région éloignée de la modernité et de la frénésie de notre monde moderne et urbain. Il nous parle de la misère et de la violence de ces zones rurales où l'alcool coule à flot, où les mots manquent aux hommes pour exprimer leurs doutes, leurs peurs, leurs joies, et ce sont les regards, mais aussi les coups, qui prennent le relais. 

Dans la première partie du livre, le narrateur évolue dans le microcosme familial de son village natal, il est à la fois libre comme un enfant laissé à lui-même et terriblement contraint par un entourage oppressant qui ne voit d'autre avenir possible que la reproduction d'une vie de misère. On apprend à tuer le mouton d'un coup de couteau sec et vif, car c'est ce qu'on fera adulte. Dans un second temps, on suivra le jeune homme qui part à la rencontre de son destin, seul, dans un ailleurs. La ville pourra-t-il l’accueillir?  La solitude, voire le rejet, n'est-il pas encore plus difficile à vivre dans une ville surpeuplée de gens sans racine? 

Ce récit sombre, glauque nous colle à la peau tant la langue de ce jeune romancier est belle, brillante. On retrouve l'ambiance de Steinbeck par moments. C'est une lecture qui marque, un texte qui sort de l'ordinaire (comme beaucoup de textes édités par la géniale maison d'édition Allia). Un auteur à suivre, assurément.

Catherine

Paru en janvier 2017, existe aussi en format numérique.  

 

Les filles au lion, Jessie Burton, Gallimard, collection du monde entier

lesfillesaulion burtonJessie Burton est habile pour tisser les liens entre les époques et les personnages et nous plonger dans des atmosphères envoûtantes. Elle entraîne le lecteur dans un récit dense construit entre deux époques et deux endroits différents : Londres en 1967 et Malaga en 1936.

Le roman débute à Londres en 1967. Odelle, débarquée depuis quelques années de ses Caraïbes natales, décroche un poste de secrétaire dans une galerie d'art. Elle y rencontre l'énigmatique Marjorie Quick, sa patronne et fait la connaissance de Lawrie, un jeune Londonien dont elle tombe amoureuse. Ce dernier a hérité de sa mère un tableau remarquable au titre énigmatique "Les filles au lion". Une oeuvre incontestablement unique, en avance sur les codes graphiques de son temps, dégageant une aura puissante. Un tableau surtout auréolé de mystère puisque lorsqu'il réapparaît en 1967, après trente ans d'oubli, on a des doutes sur les circonstances de sa création et sur l'identité du peintre qui en est l'auteur. Néanmoins, la galerie d'art pense qu'il s'agit d'une oeuvre peinte en 1936 en Andalousie par Isaac Roblès, un prometteur peintre mort trop jeune, pendant la guerre civile espagnole. Et Marjorie Quick, de son côté, semble fortement troublée par le tableau... Odelle décide de mener son enquête et va faire ressurgir du passé la vérité.

Jessie Burton entrecroise le récit de la quête d'Odelle avec celui des origines de cette peinture en 1936. On y découvre le destin d'Isaac Roblès, jeune révolutionnaire passionné, de sa soeur Teresa, et d'Olive Schlöss, jeune anglaise qui passe quelques mois en villégiature en Andalousie avec ses parents. Des liens se tissent entre ces personnages, des passions se nouent... Olive et Isaac aiment peindre et le climat est propice à la création. Mais la guerre civile est aux portes du petit village andalou...

Après "Miniaturiste" son précédent roman, Jessie Burton signe à nouveau un roman passionnant servi par une très belle plume, qui nous apprend beaucoup sur l'histoire de l'Espagne et l'histoire de l'art.

Delphine

Paru en mars 2017, traduit de l'anglais par Jean Esch, existe aussi au format numérique.

 

Prends soin de toi, Grégory Mardon, Futuropolis

prendssoindetoi mardonAvec délicatesse, Grégory Mardon nous invite à suivre Achille, ce personnage un peu perdu depuis que la femme qu'il aimait a voulu rompre. Plonger dans ses pensées, forcément un peu torturées. Voyager avec lui, sur les routes de France, dans un voyage qu'il espère libérateur.

Le récit débute quand Achille devient propriétaire d'un appartement en région parisienne. En plein travaux de rénovation, il tombe par hasard sur une lettre coincée entre le plancher et le revêtement de sol. Le courrier date de 1976, est adressé à Suzanne, l'ancienne propriétaire des lieux, décédée depuis. Une lettre d'amour, probablement jamais lue... Achille a besoin de se changer les idées et décide sur un coup de tête de ramener la lettre à son expéditeur à Marseille. Par les chemins de traverse à travers les campagnes françaises, il descend de Paris vers Marseille, en scooter. Retrouvera-t-il Tristan, l'amoureux malheureux de 1976 ? Parviendra-t-il surtout à retrouver une forme de paix intérieure, à oublier ?

Grégory Mardon, toujours aussi talentueux, nous touche avec ce roman graphique beau et subtil. Le dessin et le texte nous emportent, nous plongeons avec plaisir dans ces décors champêtres aux couleurs chaudes. Un très heureux moment de lecture !

Delphine

Paru en mai 2017

 

Vies et moeurs des familles d'Amérique du Nord, Garth Risk Hallberg, Plon

viesetmoeursdesfamillesdameriquedunord garthriskhallbergObjet littéraire non identifié, artistique et décalé, cette chronique de deux familles américaines sera fragmentée selon le principe de l’abécédaire et reconstruite au gré de vos envies, dans une chronologie éclatée qui, pourtant, n’empêche nullement la compréhension de l’histoire… La présentation est particulièrement soignée, avec la participation d’une quarantaine de photographes différents. Une lecture unique à savourer !

Catherine D.

Paru en avril 2017.

 

Une bouffée d'air pur, Amulya Malladi, Mercure de France

unebouffeedairpur 2017Anjali, jeune épouse d'un mari volage et inconséquent, va subir intimement et socialement les conséquences terribles de l'explosion d'une usine de gaz à Bhopal en Inde, alors qu'elle attendait son mari qui n'est jamais venu la rechercher à la gare... Elevée dans la tradition, elle réalisera son rêve de jeune fille en obtenant un mariage fastueux, avant de devoir s'émanciper et briser les tabous de la société indienne pour faire face à la tragédie qui la frappe et s'élever contre sa culture, sa famille et ses propres croyances. Elle divorcera, déménagera loin des siens, reprendra des études supérieures durant lesquelles elle rencontrera un homme qu'elle aime et qui l'aime. Ils se marieront, elle deviendra enseignante et élèvera leur fils, lourdement handicapé à cause des gaz qu'elle a inhalés des années auparavant, lors de cette funeste nuit...

Voici un très beau premier roman d'une auteure indienne exilée aux Etats-Unis et qui vit maintenant au Danemark, basé sur un fait réel ayant marqué l'histoire de l'Inde, un des plus graves accidents chimiques du 20ème siècle.

Catherine D.

Paru en janvier 2017, existe aussi en format numérique.

 

Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu, Mathieu Sapin, Dargaud

gerard sapinDécrire cinq années de la vie de ce monstre sacré du cinéma français qu'est Gérard Depardieu était un projet ambitieux. Mais Mathieu Sapin n'a vraisemblablement pas froid aux yeux car il s'est lancé dans l'aventure avec enthousiasme et a passé beaucoup de son temps à suivre le comédien sur ses tournages, entre 2012 et 2016. Une expérience sans doute pas de tout repos... Carnet de croquis à la main, il l'a accompagné à travers le monde et a croqué son quotidien avec humour mais aussi pas mal de respect pour l'homme. Il faut dire que dans cet album de BD-reportage, on découvre un Gérard Depardieu sans doute plus vrai que nature, un homme au caractère entier, à la fois insupportable et attachant, qui semble dévorer la vie à pleines dents. Si Mathieu Sapin est resté dans l'ombre du comédien, il n'en a pas moins partagé certaines aventures, formant parfois un duo improbable mais touchant avec Gérard Depardieu : gentil petit Sapin et grand méchant Depardieu. On ne peut que savourer certaines scènes décrites dans l'album, notamment celle où Mathieu Sapin accompagne Gérard et son équipe dans le sauna brûlant d'un haut gradé russe, épreuve d'autant plus éprouvante qu'ils avaient dû accepter "quelques" vodkas pour faire honneur à leur hôte avant de rejoindre le sauna...

Bref, le récit est rythmé et vraiment détonnant par moment, mais on sent que les liens tissés entre les deux hommes au fil de ces cinq années sont sincères et respectueux. 

Un roman graphique étonnant à découvrir sans hésiter, qu'on aime ou pas le grand Gérard Depardieu ! Réjouissant !

Delphine

Paru en mars 2017.

 

 

Isadora, Julie Birmant et Clément Oubrerie, Dargaud

isadora birmantIsadora Duncan, figure mythique de la danse du début du XXe siècle, prend vie dans cette bande dessinée passionnante. Le lecteur est happé par ce récit virevoltant, assez virtuose, qui traverse les décennies et les continents, sur les traces de cette Isadora, terriblement libre et attachante. On découvre des décors vivants des grandes villes au début du XXe siècle (Paris, Londres, Berlin, Moscou, New York...), des personnages qui ont marqué l'histoire de l'art (comme ce Rodin par exemple dont le travail subjugua Isadora). La vie tumultueuse de la danseuse est captivante, on sent qu'Isadora est portée par un élan, une fougue, une envie de vivre qui fait peu de cas des qu'en-dira-t-on : elle dansait presque nue sur toutes les grandes scènes, improvisant des danses très spontanées, presque mystiques, proches de l'esprit de l'Antiquité. Une liberté d'expression qui lui valut la gloire et la notoriété mais qui faisait aussi crier au scandale. Cette même liberté marqua sa vie amoureuse, ses relations avec sa famille, son rapport au monde et à la vie. Car Isadora Duncan était une femme forte et indépendante, jusqu'à la fin de sa vie, qui se clôt de manière tragique. 

Le duo formé par Julie Birmant au scénario et Clément Oubrerie au dessin n'en est pas à son coup d'essai, puisqu'ils avaient déjà signé ensemble la tétralogie "Pablo", consacrée à Pablo Picasso. Ils se sont attaqués cette fois, et avec le même talent, à une autre légende, et à une personnalité solaire qui ne laisse personne indifférent. Le scénario est bien ficelé, la narration enlevée, le dessin très expressif. Bref, une belle réussite ! 

Delphine

Paru en avril 2017.

 

44 après Ronny, Michaël Olbrechts, Glénat

44ansapresronny olbrechtsMichaël Olbrechts nous plonge, le temps d'un week-end, dans l'intimité d'une famille comme les autres, réunie autour de Pépé Louis. Son épouse a en effet décidé de rassembler tous ses proches pour "fêter" le dernier jour de Louis à la maison, avant qu'il ne parte en maison de repos. Car depuis sa crise d'apoplexie quelques mois plus tôt, l'octogénaire n'est plus que l'ombre de lui-même et son épouse a dû se résigner à le placer. Mais la réunion de famille s'avérera plus tumultueuse que prévu, et fera resurgir de vieilles tensions... Mais aussi de vieux souvenirs empreints de nostalgie.

Caustique chronique sociale relevée par un dessin presque caricatural, ce roman graphique décrit aussi très justement les relations entre les personnages, les émotions sous-jacentes et dépeint avec tendresse l'histoire de cette famille, depuis 44 ans, jusqu'à l'évocation de cet énigmatique Ronny... Le dessin restitue aussi avec un certain charme les ambiances de ce petit village de province sous la chaleur estivale. Voici un album doux-amer qui se lit avec plaisir.

Delphine

Paru en mars 2017.

 

 

 

A la mesure de l'univers, Jon Kalman, Stefansson, Gallimard

alamesure de luniversDeuxième volet d'une trilogie, faisant suite à "D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds", "A la mesure de l'univers" est un magnifique roman qui nous transporte en Islande. On voyage dans trois époques, les années 30 où la pêche semble organiser toute la vie de l'île, les années d'après-guerre avec la présence de l'armée américaine par la biais d'une importante base militaire qui pèse sur tout le pays, et l'époque actuelle où l'on retrouve notamment certains personnages qui se sont "échappés" de l'île pour vivre une vie loin de la pêche et du microcosme islandais. On sent que ce pays, où les étés sont clairs et les hivers une sorte de longue pénombre, est particulier de par sa position géographique, de par son histoire, de par sa proximité avec un océan tout à la fois paisible et déchaîné. 

Rempli de poésie, d'émotions, d'amour, ce livre est un non seulement une magnifique histoire de famille et de transmission mais aussi une ode à la littérature tant la langue utilisée est belle, juste. On ne compte plus les phrases qu'on a envie d'épingler au cours de la lecture. 

Cette lecture est une des plus belles que j'ai faites cette année et je suis rentrée sans problème dans le roman bien que je n'ai pas lu le premier volet de cette histoire (qui est, cela dit, magnifique aussi parait-il, et disponible en poche chez Folio). 

Voici un auteur à découvrir sans hésiter. 

Catherine M

Paru en avril 2017, traduit de l'islandais par Eric Boury. Existe aussi en format numérique.

 

La femme tombée du ciel, Thomas King, Philippe Rey

lafemmetombee kingThomas King est un auteur d'origine amérindienne, devenu, au fil de ses écrits et des récompenses qu'il a reçues au long de sa carrière littéraire, une figure marquante et un porte-parole important des peuples autochtones du Canada. Il signe ici un texte engagé, puissant, dénonce avec férocité le cynisme des multinationales qui poursuivent leurs intérêts financiers au détriment de toute éthique environnementale, indifférentes au respect des peuples et des êtres humains. 
 
Gabriel, ingénieur dans l'entreprise pétrolière Domidion, a mis au point la formule d'un défoliant hyper puissant qui, utilisé à trop fortes doses, a détruit toute forme de vie sur les côtes de Colombie-britannique et dévasté une réserve indienne. Rongé par les remords, il décide de se rendre sur les lieux qui ne se révéleront pas si étrangers à son histoire personnelle. Il y croisera la route de personnages attachants : Crisp, un homme jovial soucieux de son entourage, Sonny, un enfant perturbé à la fragilité désarçonnante, Mara, une jeune artiste indienne troublante, tous mus par le désir de rester liés à ces terres qui leur sont chères. Dorian, PDG de ladite multinationale Domidion, nous est décrit comme un homme d'affaires narcissique et aveuglé par l'argent, mais sous le vernis, on découvre aussi ses failles.
 
Le lecteur est happé par ce récit choral, se met tour à tour dans la tête de chacun de ces personnages et en appréhende leurs points de vue très différents. Il se passionne pour les émotions de chacun d'eux et se met à rêver à une issue heureuse... La région parviendra-t-elle à se relever de la catastrophe écologique ? La nature et la vie reprendront-t-elles leurs droits ? Et surtout, arriveront-ils, tous, à retrouver une forme de paix intérieure ?
 
Thomas King nous livre ici un récit intelligent, à la langue âpre et poétique, non dénué d'humour malgré la gravité du propos. Il tisse des liens entre les contes de la tradition orale amérindienne ("La femme tombée du ciel" est tiré d'un conte sur les origines du monde) et son récit, ancré dans un monde contemporain bien réel... Un singulier mélange qui fait de ce roman un texte assez unique, pour le moins interpellant. 
A découvrir.
 
Delphine 
 
Paru en avril 2017. Traduit de l'anglais (Canada) par Caroline Lavoie. Existe aussi en format numérique
 

Attachement féroce, Vivian Gornick, Rivages

gornickattachementferoceLe titre de ce roman lui va comme un gant et rend bien compte du talent de Gornick à dresser le portrait de sa mère et d'elle-même, prises dans une relation qui les enserre l'une et l'autre dans une toile d'araignée passionnée. Vivian Gornick est journaliste et essayiste, elle évoque sa propre histoire dans ce livre et cela se passe à New York, notamment dans le Bronx où les Juifs, les Irlandais, les Italiens se côtoient au sein des mêmes immeubles et quartiers.

Enfant et adolescente, Vivian est entourée de femmes au milieu desquelles sa mère tient les rênes, bien campée sur un mélange de convictions communistes et d'échappatoire romantique, puis bientôt veuve et entoilée dans son deuil. Mais il y a aussi Nettie, séductrice et sensuelle, Mrs. Kerner qui a perdu les pédales et bien d'autres qui jalonnent le parcours de la jeune fille et qu'elle observe avec une acuité merveilleuse.

Attachement féroce fait partie des romans qui aident à vivre en mettant des mots d'une grande justesse et d'une grande beauté sur nos labyrinthes parfois obscurs. Il est aussi jubilatoire dans son humour mordant !

Ce livre est paru en 1987 aux États-Unis et ceci est sa première traduction en français.

Natacha

Paru en janvier 2017. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux. Existe aussi en format numérique.

 

Il faut tuer TINA, Olivier Bonfond, Le Cerisier

tina-couv-mini"Partout dans le monde, des hommes et des femmes refusent la logique capitaliste et combattent les injustices. Certains de ces combats mènent à des victoires… Non seulement les alternatives existent, mais elles sont innombrables. Beaucoup sont simples, cohérentes, et pourraient être mises en œuvre dès aujourd’hui avec un peu de volonté politique."

Olivier Bonfond fait partie de ces gens que l'état du monde, (de la société, de la planète), ne décourage pas. Parce que, écrit-il, les solutions existent : il en énumère deux cents, certaines d'entre elles étant déjà mises en œuvre un peu partout. Pourquoi tuer TINA, « There is no alternative », l'expression fameuse de Margaret Thatcher ? Parce que cette affirmation est parfaitement mensongère, même si la propagande de nombreux « experts » prétend le contraire.

Il existe au moins trois bonnes raisons de lire ce livre : D'abord, on peut l'ouvrir à n'importe quelle page, (faites l'expérience!), on y trouve au moins une bonne idée et deux précieuses informations ; ou l'inverse. Ensuite, il (ré)concilie les amoureux du film « Demain » et les partisans du « Grand Soir », (un exercice un peu acrobatique) : le lien entre les deux démarches étant la mobilisation citoyenne. Enfin, et bien que l'auteur s'en défende, ses deux cents propositions pourraient être le programme d'un gouvernement d'unité populaire : un Podemos à la française ou à la belge, l'alternative plutôt que l'alternance. (1)

Mais Il faut tuer TINA n'est pas un énième livre d'imprécations : il ne s'attaque pas à des personnes (à l'exception de Barroso. On admettra qu'il y a de quoi…), mais à des structures, à des mécanismes d'exploitation ou d'oppression. En outre, il alterne – et c'est presque une méthode – les dénonciations (de situations inacceptables) et les motifs de se réjouir (de petites ou de grandes victoires). Quelques exemples : La multinationale Monsanto obtient l'interdiction légale, pour les paysans, d'utiliser, selon une pratique millénaire, leurs propres semences. En revanche, la Bolivie expulse du pays, après leurs multiples abus, les géants Coca-Cola et MacDo. Ou bien : la bataille de l'eau. L'accès à l'eau pour tous est de plus en plus compromis par les privatisations du secteur. Pourtant, en 2011, suite à une mobilisation citoyenne exceptionnelle et à un vrai débat démocratique, l'Italie, par referendum, vote à 95 % contre la marchandisation de l'eau. Ou encore : partout, la publicité envahit l'espace public, les médias – ces armes de distraction massive, comme dit joliment l'auteur – vendent à leurs annonceurs du temps de cerveau disponible. On estime à 500 milliards de dollars l'ensemble du budget de la publicité dans le monde ! Mais la Ville de Grenoble décide, en 2014, de bannir la publicité de ses rues, en décidant de ne pas renouveler le contrat qui la liait au groupe Decaux, qui y avait placé plus de 300 panneaux.

Certaines informations susciteront l'indignation, comme cet argument cynique du lobby du tabac qui souligne , auprès des pouvoirs publics, l'impact positif sur les finances publics de la mortalité due au tabac. (Un mort ne perçoit plus de pension!) D'autres passages provoqueront l'hilarité. En novembre 2009, la Banque mondiale décide de financer un projet au Pérou pour retarder la fonte des glaces : il s'agit de repeindre en blanc les parties brunes du glacier andin, qui absorbent plus de chaleur. Capitalisme vert … ou blanc , sauvons le climat à coups de pinceau !

Un mot, encore, sur le chapitre consacré au problème de la dette. On se rappellera qu'Olivier Bonfond s'était déjà fait connaître, en 2012 , par un livre qui examinait la légitimité de la dette publique (2). Il a également participé, à Athènes, au travail de la Commission pour la Vérité sur la dette grecque, (travail hélas enterré par Alexis Tsipras). C'est donc en connaissance de cause qu'il étudie ici les dettes publiques du Mexique comme de la Russie, de l'Argentine comme de l’Équateur, ou de ... l'Allemagne, avec les solutions différentes, souvent surprenantes, qui y ont été apportées.

Refuser de payer la dette, souligne-t-il, c'est obliger les créanciers à « sortir du bois ». Les identifier permet de les traiter différemment : un petit épargnant, une banque, une multinationale de l'assurance, ce n'est pas pareil.

Il faudrait encore mentionner les chapitres consacrés aux médias, au féminisme, aux institutions internationales, à l'agroécologie, mais puisqu'il est impossible de résumer en quelques lignes un livre aussi dense, concluons par deux réflexions.

Ce livre ne se fixe pas naïvement comme objectif d'établir le paradis sur terre. Mais, en même temps, il propose d'éviter de se limiter à des changements à la marge, qui laisseraient le système intact. Il ne s'agit pas d'être des activistes marginaux qui, de temps en temps, « font le buzz », mais de transformer un bloc social en force politique.

D'autre part, nous ne sommes pas dans un catalogue de lamentations. Au contraire, l'auteur parvient à nous convaincre que s'engager pour changer le monde ne rend ni triste, ni malheureux. La lutte est, au contraire, un facteur de joie et d'émancipation personnelles.

C'est sans doute la raison pour laquelle le site qu'Olivier Bonfond anime s'appelle « Bonnes nouvelles ».

Michel Brouyaux, ancien libraire, toujours passionné.

(1) On peut aussi, bien entendu, utiliser le livre en allant directement au sujet qui nous motive le plus : rôle de la finance ? Démocratie ? Féminisme ? Migrations ? (se reporter à la table des matières)

(2) Et si on arrêtait de payer ? Olivier Bonfond. Editions Aden, 2012.

 

Dans l'ombre, Arnaldur Indridason, Métailié

dans-l-ombreAvec ce très bon premier tome de sa nouvelle trilogie, Arnaldur Indridason nous plonge dans une période trouble de l'Histoire de son Islande natale, l'occupation anglaise et américaine au début de la deuxième guerre mondiale. Un représentant commercial, Eyvindur, est retrouvé mort au domicile d'un autre représentant, Félix Lunden, tué d'une balle provenant d'un Colt américain et marqué d'une croix gammée sur le front avec son propre sang. C'est le début d'une enquête menée par Flovent issu de la police criminelle islandaise, secondé de Thorson, Canadien né de parents islandais et donc parfait bilingue, désigné par l'état major américain qui ne croit pas en la capacité des Islandais à résoudre cette affaire... Tour à tour, nous allons les accompagner dans la compréhension de la personnalité de la victime, ainsi que de ses proches, pour en arriver à l'intérêt que les Nazis portaient à la race nordique des Islandais et du coup, à leurs recherches anthropologiques et génétiques pour retrouver cette "race restée pure depuis les Vikings", le tout mâtiné d'espionnage et de contre-espionnage... Plus qu'un excellent roman policier, il s'agit également ici de l'exploration sociale et historique du contexte particulier de cette époque, la "Situation", qui a amené nombre de jeunes femmes à rencontrer et séduire les soldats étrangers en espérant ainsi échapper à leur destin souvent pauvre et rural. 

La force d'Indridason est de retranscrire avec force et sensibilité tout ce contexte historique méconnu dans nos contrées, tandis que nous nous attachons progressivement aux personnages des deux enquêteurs, inexpérimentés mais volontaires à la recherche de la vérité. Un très bon polar, au rythme plus lent, mais à l'atmosphère dense et palpitante! On attend avec impatience le tome 2, dont le premier chapitre clôt l'ouvrage. 

Catherine D. 

Paru en février 2017. Existe aussi en format numérique.

 
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